Un projet bancaire coordonné pour concurrencer l'écosystème existant
Un groupe de 21 institutions financières, comprenant des noms comme Goldman Sachs, Bank of America, Citi et Deutsche Bank, a annoncé la création d'une société cette année pour émettre un stablecoin indexé sur le dollar au cours du premier semestre 2027. Le consortium vise ensuite à développer des stablecoins adossés à d'autres monnaies du G7, avec l'euro en tête des priorités.
Pourquoi ce mouvement est significatif
La mobilisation conjointe de ces acteurs témoigne d'une volonté claire d'inscrire la blockchain et les tokens adossés à des devises fiduciaires dans le paysage financier traditionnel. Après un regain d'intérêt pour les actifs numériques en 2024, et un contexte politique américain favorable, ces banques cherchent à capter une part du marché des transferts et des paiements en crypto-actifs, dans un segment aujourd'hui dominé par des acteurs non bancaires.
Concurrence et fragmentation du marché
Le nouveau consortium ne sera pas seul : une autre coalition de 37 institutions a déjà créé la société Qivalis et prévoit de lancer un stablecoin indexé sur l'euro plus tard dans l'année. Des établissements, à l'instar de BBVA, figurent dans les deux groupes, signe d'une course d'influence où les alliances se chevauchent plutôt que de s'exclure.
- Objectif initial : émission d'un stablecoin dollar au S1 2027.
- Ambition : étendre aux devises du G7, priorité à l'euro.
- Concurrence : Qivalis (37 membres) vise l'euro ; BBVA participe aux deux initiatives.
Sur le plan opérationnel et commercial, la majorité des usages actuels des stablecoins restent concentrés sur le trading de crypto-actifs et sur le transfert rapide de fonds. Or, le marché est aujourd'hui largement dominé par Tether, qui affirme avoir émis plus de 180 milliards de dollars de jetons indexés sur le dollar et tirer des revenus importants de l'investissement de ses réserves.
Du côté des banques : expérimentations et prudence
Quelques banques ont déjà tenté des initiatives. La Société Générale a, via sa filiale numérique, émis un stablecoin en dollar l'an dernier, mais celui-ci n'a pas trouvé d'adoption large : seulement 12,5 millions de dollars en circulation selon le site de l'émetteur. Ce contraste illustre la distance entre capacité technique d'émission et succès commercial réel.
Enjeux réglementaires et incertitudes
Le déploiement à grande échelle de stablecoins émis par des banques pose des questions importantes : gouvernance des réserves, transparence des actifs sous-jacents, rôle des autorités monétaires. La présidence de la Banque centrale européenne a déjà exprimé des réserves quant aux stablecoins émis par le secteur privé, rappelant la nécessité d'un encadrement strict. Sur ces sujets, les consortiums bancaires devront convaincre régulateurs et marchés que leurs instruments offrent sécurité et liquidité sans externaliser des risques.
Conséquences possibles
Si le projet aboutit, il pourrait :
- renforcer l'utilisation des rails blockchain dans la finance traditionnelle ;
- accroître la concurrence sur les paiements et le marché des stablecoins, aujourd'hui concentré chez des acteurs non bancaires ;
- pousser les autorités européennes et américaines à préciser des règles plus strictes sur la détention et l'audit des réserves.
Reste une inconnue : la demande réelle pour des stablecoins émis par des banques. Les montants en circulation pour l'initiative de la Société Générale montrent que l'émission par un acteur majeur ne garantit pas une adoption automatique. Entre ambition industrielle et scepticisme commercial, le calendrier fixé au S1 2027 fournira un test majeur des capacités des banques à transformer leur poids institutionnel en usage effectif sur les marchés crypto.