Un soft fork pour limiter les "inscriptions" sur Bitcoin
Le projet BIP‑110 ravive une vieille ligne de fracture: Bitcoin doit‑il se cantonner à l’usage monétaire ou accepter tout type de données dès lors que les frais sont payés ? Au centre du débat, les inscriptions (Ordinals), ces méthodes qui exploitent l’espace de données additionnelles des transactions pour conserver images et textes de façon permanente sur la blockchain de Bitcoin, à la manière de NFT.
Concrètement, BIP‑110 entend réduire l’espace autorisé à 256 octets par élément — l’équivalent d’un court paragraphe — et ce pendant un an. La règle s’éteindrait automatiquement à l’issue de cette période et ne toucherait pas les anciennes pièces. Cette contrainte casserait la méthode de stockage actuellement mobilisée par les inscriptions, sans affecter les transactions classiques d’envoi de bitcoins.
Qui porte la proposition et comment elle s’active
Le texte est signé sous le pseudonyme Dathon Ohm, qui attribue son premier jet à Luke Dashjr, mainteneur de Bitcoin Knots. Côté gouvernance, l’activation repose sur un mécanisme de signalement par les mineurs : ces derniers ajoutent un indicateur dans les blocs qu’ils produisent. La barre a été fixée à 1 109 blocs signalés sur une fenêtre de 2 016 blocs (environ deux semaines), soit un seuil de 55 %.
À ce stade, le soutien est famélique. Un moniteur public a comptabilisé au 30 juin seulement trois blocs signalés, soit 0,73 %. Depuis l’ouverture des votes en décembre 2025, le soutien n’a jamais dépassé 1 %, avec un pic à 0,79 % à la mi‑juin. Autrement dit, la proposition peine à convaincre l’amont du réseau, celui qui sécurise la chaîne.
« Statut du signalement BIP‑110 »
Un clivage idéologique ancien, des effets très concrets
Les soutiens de BIP‑110 présentent ce plafonnement comme une mesure anti‑spam destinée à préserver les ressources limitées du protocole. Les opposants rétorquent qu’un tel filtre heurterait l’ouverture de Bitcoin et pénaliserait des usages émergents, dont les inscriptions. Il s’agit d’un désaccord de fond : Bitcoin doit‑il gérer uniquement de l’argent, ou tout ce que les utilisateurs paient pour y inscrire ? Les développeurs associés aux Ordinals affirment, de leur côté, que leur technologie survivrait à BIP‑110, tout en reconnaissant que la méthode actuelle de stockage serait cassée par la limite à 256 octets.
Précision importante : la règle prévue par BIP‑110 est temporaire et non rétroactive. Les données déjà enregistrées resteraient intactes, et le plafond serait levé automatiquement après un an. Sur le plan opérationnel, cela se traduirait par une chute immédiate des contenus lourds inscrits on‑chain et, possiblement, par des contournements techniques cherchant à optimiser chaque octet. C’est là de la spéculation sur les réactions de marché : la source établit le cadre, pas les comportements futurs.
Pourquoi la communauté s’écharpe
- Ressources du réseau : l’espace de blocs est rare. Le limiter pour des données non monétaires pourrait, selon les partisans, fluidifier les paiements en réduisant la concurrence pour l’espace. Les opposants y voient une barrière à l’innovation.
- Neutralité du protocole : restreindre certains usages revient, pour ses détracteurs, à rompre avec l’idée que Bitcoin traite indifféremment toute donnée valide payant les frais.
- Signal des mineurs : le très faible soutien actuel (<1 %) interroge la légitimité d’un tel changement au regard du consensus social autour de Bitcoin.
Ce que montrent les chiffres
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Fenêtre de signalement | 2 016 blocs (~2 semaines) |
| Seuil d’activation | 1 109 blocs (55 %) |
| Blocs signalés au 30 juin | 3 blocs (0,73 %) |
| Pic de soutien depuis déc. 2025 | 0,79 % (mi‑juin) |
| Durée de la règle | 1 an, désactivation automatique |
| Impact sur données existantes | Aucun (non rétroactif) |
Et maintenant ?
La suite dépend d’abord du signalement des mineurs. Le contraste entre le seuil requis et le taux effectif questionne la trajectoire de BIP‑110. Les développeurs d’Ordinals annoncent qu’ils s’adapteront le cas échéant, mais la période d’un an pourrait redessiner l’économie de l’inscription de données sur Bitcoin : arbitrages sur l’usage de l’espace, renchérissement potentiel des solutions on‑chain les plus gourmandes, et incitations à des solutions alternatives. Ces issues restent spéculatives; ce qui est établi, ce sont les paramètres techniques et l’état du signalement.