Un tournant pour la demande en Bitcoin
Selon Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, l’époque où l’entreprise de Michael Saylor — aujourd’hui nommée Strategy, ex-MicroStrategy — dominait la demande en Bitcoin touche à sa fin. La séquence de marché consécutive aux turbulences de son action de préférence STRC a érodé son statut d’acheteur clé, au moment où le marché tente d’évaluer des moteurs de flux plus diversifiés.
« Ces jours sont probablement révolus »
Cette appréciation intervient après un épisode de tension sur le financement de Strategy : le preferred perpétuel STRC, émis pour soutenir les achats de BTC via un dividende, a décroché fin juin, passant de sa valeur de référence de 100 $ à moins de 75 $. La cassure a ravivé les doutes sur la soutenabilité du modèle de distribution.
Un incident au mauvais moment
Le repli du STRC a coïncidé avec une phase fragile du marché crypto, lorsque le Bitcoin a touché un plus bas de 21 mois à 58 190 $ le 25 juin. Dans ce contexte, Strategy a indiqué pouvoir céder des BTC si nécessaire pour honorer ses engagements de dividendes. L’entreprise a parallèlement renforcé son coussin de liquidités en dollars à 2,55 milliards $. De quoi limiter l’urgence, mais au prix d’un repositionnement par rapport à son rôle d’acheteur agressif.
Capacité financière vs. rôle de marché
Bitwise distingue deux dimensions : la liquidité et l’influence sur la demande. D’un côté, Hougan écarte un risque immédiat de liquidité, en rappelant un ratio de 52 milliards $ d’actifs liquides pour 7 milliards $ de dette. De l’autre, il estime que la mécanique de financement mise à l’épreuve réduit la probabilité que Strategy demeure la première source d’achats au prochain cycle.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Plus bas du BTC (25 juin) | 58 190 $ |
| STRC (valeur de référence → creux) | 100 $ → < 75 $ |
| Réserves en dollars de Strategy | 2,55 Md$ |
| Actifs liquides estimés | 52 Md$ |
| Dette | 7 Md$ |
Le relais institutionnel en ligne de mire
Pour Bitwise, le leadership de la demande pourrait se déplacer vers des acteurs plus larges de la finance traditionnelle : banques d’investissement, gérants d’actifs, fonds de pension, dotations universitaires et fonds souverains. Ce scénario marquerait une transition d’un moteur unique vers une pluralité d’acheteurs institutionnels, avec des flux potentiellement plus réguliers — mais aussi plus sensibles aux cycles macro et aux contraintes prudentielles. Il s’agit d’une perspective, pas d’un fait acquis : les intentions de ces acteurs restent soumises à l’appétit au risque et au cadre de conformité.
Ce que cela change pour le marché
- Moins de dépendance à un seul acheteur pourrait réduire la volatilité liée à des événements d’émetteur, mais accroître l’exposition aux dynamiques de flux des institutions.
- Le recours au financement par actions de préférence type STRC montre ses limites en période de stress, rappelant que les modèles de levier ne sont pas sans coût.
- Un pivot vers des investisseurs régulés renforcerait la demande structurelle si elle se concrétise, mais reste pour l’instant une anticipation.
Un signal, pas une certitude
La lecture de Bitwise est claire : Strategy ne serait plus le catalyseur central des achats de BTC. Le marché, toutefois, arbitrera ce narratif à l’aune des prochains trimestres. La hausse du coussin en dollars, la structure d’endettement (7 Md$) et le stock d’actifs liquides (52 Md$) constituent des garde-fous, mais ne suffisent pas à restaurer à eux seuls un rôle dominant. À court terme, l’enjeu demeure la confiance dans le financement, alors que la dégradation du STRC a rappelé la sensibilité de tels montages.
En filigrane, la question essentielle pour les investisseurs français comme internationaux est la suivante : la prochaine jambe haussière du Bitcoin viendra-t-elle d’une agrégation de poches institutionnelles ou d’un retour à des stratégies d’accumulation concentrées ? À ce stade, il s’agit d’une hypothèse informée par Bitwise, à considérer comme telle.