Aux Rencontres d’Aix, un appel à coopérer pour accélérer la décarbonation
Lors d’une table ronde aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, les dirigeants d’EDF et de TotalEnergies ont défendu un cap clair : pour réussir l’électrification décarbonée, la France doit savoir travailler avec la Chine, tout en fixant ses propres garde-fous. Les interventions ont mis en regard l’ampleur des besoins européens et l’exécution industrielle chinoise, présentée comme un levier d’accélération si elle est encadrée.
Nucléaire : retour d’expérience et méthode, pas dépendance
Le PDG d’EDF, Bernard Fontana, a évoqué un récent déplacement en Chine centré sur la progression de la filière nucléaire. Il a rappelé un « partenariat ancien » et salué une efficacité opérationnelle remarquable sur des sites dont l’architecture initiale avait été bâtie avec l’appui d’acteurs français. Sans nier l’écart de cadence, il insiste sur la nature du transfert attendu.
« L’aide qu’ils nous apportent, elle est méthodologique [...] mais ça ne crée pas une dépendance. »
Fontana a livré un exemple frappant de gain de temps en Chine : certaines opérations sont réalisées « en deux semaines » contre « deux ans » en France, illustrant l’impact de l’organisation de projet et des processus sur la mise en œuvre industrielle.
Permitting et délais : le contraste des écosystèmes
Pour Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, la capacité d’exécution chinoise tient largement aux règles et au « permitting » : l’enchaînement des autorisations et la mise à disposition du foncier industriel sont jugés déterminants. Il souligne avoir vu de près des usines « absolument neuves » sortir de terre en deux ans et des chantiers nucléaires avancer au rythme d’un réacteur par mois, une cadence hors de portée en Europe dans le cadre réglementaire actuel.
« Je pense que maintenant il faut qu’on leur dise de venir, mais à nos conditions. [...] Je n’ai pas peur des Chinois. »
Le message est double : tirer parti d’un effet d’échelle et d’une exécution rapide, sans renoncer aux standards européens ni à la maîtrise des conditions d’accès au marché.
Ce que cela change pour l’Europe et pour la facture
Au-delà des déclarations, l’enjeu est concret : accélérer l’offre d’électricité bas-carbone pour soutenir l’industrie, sécuriser les volumes et contenir les coûts de systèmes énergétiques sous tension. Un calendrier de déploiement raccourci améliore mécaniquement le coût complet des projets (capex et frais financiers mobilisés plus longtemps) et, in fine, la trajectoire de prix pour le consommateur. À l’inverse, des délais prolongés renchérissent la production et retardent l’arrivée de capacités nouvelles, pesant sur l’équilibre offre-demande. C’est à cette articulation — méthode, cadence et cadre — que renvoie l’appel à coopérer « à nos conditions ».
Coopérer sans s’exposer : les lignes rouges évoquées
Les deux dirigeants plaident pour une coopération ciblée : benchmark d’organisation de chantier, ingénierie de projet, planification industrielle. Le propos reste prudent sur la dépendance technologique : l’aide est décrite comme méthodologique et compatible avec la souveraineté de la filière européenne. Cela renvoie à trois axes de vigilance :
- Conserver la maîtrise des standards (sécurité, qualité, traçabilité des équipements).
- Garantir des conditions européennes d’accès et de concurrence sur les marchés, conformément aux objectifs industriels.
- Accélérer le permitting et la planification pour réduire les délais et les surcoûts.
Ordres de grandeur évoqués sur les délais
Les éléments chiffrés cités par les dirigeants illustrent l’écart de cadence entre écosystèmes. Ils n’ont pas valeur de moyenne mais éclairent des situations observées sur le terrain.
| Sujet (exemples cités) | Chine | France/Europe |
|---|---|---|
| Opérations sur un site nucléaire | « en deux semaines » | « deux ans » |
| Usine « absolument neuve » | ≈ 2 ans | Beaucoup plus long (réglementation et autorisations) |
| Rythme de chantiers nucléaires | ≈ 1 réacteur/mois | Non indiqué |
Le cap stratégique : accélérer, sans renoncer à nos règles
Ce débat s’inscrit dans une séquence où l’offre électrique décarbonée conditionne la compétitivité des sites industriels et la stabilité des prix payés par les ménages et les entreprises. Coopérer avec les industriels chinois pour gagner en méthode et en délai peut contribuer à mettre plus vite sur le réseau des capacités bas-carbone, avec un effet potentiel sur le coût final. Mais les dirigeants insistent sur la nécessité de poser des conditions européennes claires afin que ce rapprochement ne se traduise ni par une dépendance, ni par un affaissement des exigences.
À Aix, le message est donc pragmatique : aller chercher les atouts là où ils se trouvent pour accélérer la transition, tout en s’assurant que l’Europe définit les règles du jeu. La transition se mesure aussi en semaines et en années ; ce sont ces délais, rappelés par EDF et TotalEnergies, qui séparent des projets qui pèsent, demain, sur la facture et la sécurité d’approvisionnement.