Une stabilisation des prix « à moyen terme »
Invité aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le dirigeant de TotalEnergies a livré un diagnostic net sur la trajectoire des prix du pétrole : il faudra selon lui « trois à quatre mois » pour que le marché retrouve un équilibre. Ce pronostic jette une lumière importante sur ce que les consommateurs français peuvent attendre pour le prix des carburants à court terme.
Les causes du délai : logistique et raffinage
Plusieurs facteurs empêchent un retour rapide à la normale, selon Patrick Pouyanné. D'abord, des contraintes logistiques persistent autour du détroit d'Ormuz : certains armateurs refusent encore de réaffréter des navires, ce qui complique l'acheminement des cargaisons. Ensuite, même si les cours du brut se sont repliés, les marges de raffinage restent élevées parce que les produits pétroliers disponibles (essence, diesel) se font plus rares.
« Ce qui n’est pas bradé du tout, ce sont les prix pratiqués dans les raffineries où il manque de produit pétrolier », a-t-il déclaré.
Le chef d'entreprise insiste sur un paradoxe : le pétrole brut peut devenir moins cher, tandis que le prix à la pompe demeure soutenu du fait de la faiblesse des stocks et de l'augmentation des marges en aval. Il explique que l'on observe ainsi des cours du carburant qui se situent en pratique autour de 95 à 100 dollars par baril pour certains produits raffinés.
Conséquences pour le consommateur français
Concrètement, un recul durable du prix du baril ne se traduira pas immédiatement par une baisse symétrique à la pompe. La période de trois à quatre mois évoquée par le PDG traduit le temps nécessaire pour reconstituer des stocks, relancer les flux maritimes et ajuster l'offre de produits raffinés. Les automobilistes et les transporteurs devront donc composer, dans les semaines à venir, avec des tarifs qui peuvent rester élevés malgré une amélioration progressive du marché du brut.
Points d'attention pour les prochains mois
- Logistique : la reprise complète du trafic autour d'Ormuz est conditionnée aux décisions des armateurs et au calendrier des exportations.
- Stocks : des niveaux d'approvisionnement faibles freinent la transmission d'une baisse du brut vers les prix finis.
- Raffinage : des marges élevées peuvent maintenir le prix des carburants même si le pétrole se tasse.
Calendrier et ordres de grandeur
| Période | Phénomène attendu |
|---|---|
| 0–1 mois | Stocks toujours bas et marges élevées, pressions à la hausse sur les prix |
| 2–4 mois | Progression de la réaffectation des tankers et reconstitution graduelle des stocks |
| Après 4 mois | Risque d'une transmission plus nette de la baisse du brut vers les prix à la pompe |
Ce diagnostic de TotalEnergies doit être lu au regard d'autres facteurs — variations de la demande mondiale, décisions de production des pays exportateurs, et incertitudes géopolitiques — qui peuvent accélérer ou retarder ce calendrier. Pour les ménages français, l'essentiel est qu'une détente des prix du pétrole ne signifie pas une traduction immédiate en économies à la pompe : il faudra observer les mois à venir pour mesurer l'ampleur réelle du réajustement.