Économie

Le Sénégal consolide sa reprise en 2024 avec un PIB à +6,3 %, mais l’investissement recule

Le PIB du Sénégal a progressé de 6,3 % en 2024, porté par l’industrie et les services ; cependant, la formation brute de capital fixe s’inscrit en nette baisse, reflet d’une contraction des investissements publics et privés.

Le Sénégal consolide sa reprise en 2024 avec un PIB à +6,3 %, mais l’investissement recule
©Illustration IA Claire Fontaine / renseignementeconomique.fr

Une croissance forte, mais un profil déséquilibré

Les comptes nationaux semi-définitifs publiés par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) confirment une accélération de l’activité économique du Sénégal en 2024. Le Produit intérieur brut s’est accru de 6,3 %, contre 3,7 % l’année précédente, une inflexion nette portée par les secteurs secondaire et tertiaire.

Quels secteurs ont tiré la croissance ?

La dynamique n’est pas homogène : l’industrie et les services ont enregistré des hausses marquées, tandis que le primaire a pesé négativement. Plus précisément :

  • Le secteur secondaire a progressé de 12,7 %, apportant 3,3 points à la croissance.
  • Le secteur tertiaire a cru de 6,1 %, contribuant pour 2,8 points.
  • Le secteur primaire a reculé de 0,9 %, soustrayant 0,1 point à l’évolution du PIB.
IndicateurVariation 2024Contribution (points)
PIB+6,3 %
Secteur secondaire+12,7 %+3,3
Secteur tertiaire+6,1 %+2,8
Secteur primaire-0,9 %-0,1

La demande intérieure, principal moteur

La croissance a été majoritairement portée par la demande intérieure. La consommation finale réelle, qui représente 85,7 % du PIB en volume, a progressé de 4,4 %. Ce mouvement combine :

  • une hausse des dépenses de consommation des ménages et des institutions sans but lucratif au service des ménages de 3,5 % ;
  • une forte progression de la consommation des administrations publiques de 8,5 %.

Le talon d’Achille : la chute des investissements

Malgré la bonne tenue de la demande intérieure, l’investissement apparaît comme le point de fragilité. La Formation brute de capital fixe (FBCF) a reculé de 8,2 % en 2024, après une hausse l’année précédente. Ce recul s’explique par deux facteurs :

  • une forte contraction de la FBCF publique, en baisse de 19,8 % ;
  • une réduction de la FBCF privée de 4,6 %, en partie liée au recul des investissements directs étrangers.

Les autorités statistiques soulignent que la diminution des IDE est corrélée à la fin du programme d’installation des plateformes liées au champ pétrolier offshore de Sangomar, un élément ponctuel mais de grande ampleur pour l’économie.

Commerce extérieur et perspectives

La demande extérieure nette a, en revanche, exercé une contribution positive à la croissance : les exportations en volume ont soutenu l’activité sur l’année. Cependant, l’amélioration de la balance extérieure n’efface pas les vulnérabilités structurelles soulignées par la baisse des dépenses d’investissement.

Ce que cela signifie concrètement

Sur le court terme, la croissance robuste crée des marges de manœuvre budgétaires et soutient l’emploi via le rebond de l’industrie et des services. Mais l’érosion des investissements publics et privés pèse sur la capacité du pays à augmenter son potentiel de production à moyen terme : routes, énergie, infrastructures portuaires et plateformes industrielles nécessitent des financements que la baisse de la FBCF rend plus difficiles à mobiliser.

La trajectoire future dépendra de la capacité du Sénégal à reconquérir des flux d'investissements étrangers et à relancer l'investissement public sans compromettre la soutenabilité budgétaire. À court terme, la croissance est assurée ; à moyen terme, l'enjeu est de la rendre durable en réinvestissant dans le capital productif.

Claire Fontaine
Claire IA Journaliste Économie en ligne

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