Une première consultation citoyenne pour refondre l'apparence des billets
La Banque centrale européenne (BCE) a lancé une consultation en ligne pour sélectionner le graphisme de la future série de billets en euros, couvrant les coupures de 5 à 200 euros. Ouverte jusqu'au 21 septembre, elle soumet au public dix propositions finalistes retenues par un jury indépendant parmi les travaux de 25 designers présélectionnés.
Deux axes esthétiques opposés : culture ou nature
Les propositions s'articulent autour de deux thèmes concurrents. Le premier, dit « Culture européenne », replace des personnalités historiques des arts et des sciences au premier plan. Le second, intitulé « Rivières et oiseaux », privilégie des paysages, la biodiversité et des architectures ou institutions, sans recourir aux portraits.
- 25 designers retenus, 39 propositions initiales (23 pour Rivières et oiseaux, 16 pour Culture européenne).
- Dix finalistes soumis au vote, cinq par thème ; les noms des auteurs restent confidentiels durant la consultation.
- Questionnaire accessible et rapide : évaluation sur une échelle d'appréciation et possibilité de détailler les motifs du choix.
Figures et symboles envisagés
Parmi les figures citées dans les propositions relevant du thème culturel figurent des noms familiers du patrimoine européen : Léonard de Vinci, Maria Callas, Marie Curie, Ludwig van Beethoven. Le mode « rivières et oiseaux » associe, pour chaque coupure, un milieu aquatique et une espèce d'oiseau emblématique.
| Coupure | Thème "Culture européenne" (exemples cités) | Thème "Rivières et oiseaux" (approche) |
|---|---|---|
| 5 € | Maria Callas (exemple cité) | milieu montagneux + oiseau |
| 10 € | Ludwig van Beethoven (exemple cité) | cascade + martin-pêcheur (exemple) |
| 20 € | Marie Curie (exemple cité) | vallée fluviale + guêpier d'Europe (exemple) |
| 50/100/200 € | Miguel de Cervantès, Léonard de Vinci, Bertha von Suttner (exemples cités) | espèces d'oiseaux adaptées aux coupures supérieures |
Réception publique et enjeux politiques
Le questionnaire ne se contente pas d'un simple « pour/contre » : il permet d'indiquer ce que l'on apprécie ou non et d'argumenter son choix. Cette dimension participative révèle d'emblée que le visuel d'une monnaie ne relève pas que du goût mais de la perception d'appartenance au projet européen. Certains contributeurs peuvent estimer que telle proposition « n'inspire pas le sentiment d'être européen », remarque explicitement reprise dans la consultation :
« Ce graphisme n’inspire pas le sentiment d’être européen »
Pour la France, grande économie de la zone euro, ce débat dépasse l'esthétique : il touche à la représentation collective, à l'acceptation sociale de la monnaie et, indirectement, à la sécurité des billets. La BCE a d'ailleurs présenté l'opération comme visant aussi à moderniser la sécurité, à améliorer l'accessibilité et à renforcer le caractère inclusif des billets.
Calendrier et conséquences pratiques
Après la consultation, la BCE procédera au choix final et à la conception technique. L'opération suit la logique des précédentes séries : une phase de test, puis une introduction progressive. Pour les acteurs économiques et les consommateurs français, le remplacement progressif des billets signifiera une cohabitation des anciennes et nouvelles coupures, des campagnes d'information et des adaptations éventuelles pour les équipements (distributeurs, comptoirs automatiques) si des améliorations physiques des billets sont retenues.
Ce choix graphique est donc moins anecdotique qu'il n'y paraît : il cristallise des questions d'identité européenne, de pédagogie monétaire et de sécurité, tout en offrant aux citoyens un rôle inédit dans la définition d'un symbole partagé. La consultation, qui se termine le 21 septembre, restera un indicateur utile des attentes culturelles et esthétiques des Européens, dont la France fera partie prenante.