Un premier jalon « gas-to-power » pour un mix moins dépendant du fioul
La Mauritanie a formalisé à Nouakchott un accord confiant à ACWA Power la réalisation de sa première centrale électrique alimentée au gaz, d’une puissance installée de 230 MW. Ce futur outil doit convertir sur place une partie des ressources issues du champ offshore Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploité avec le Sénégal. L’objectif est double : combler un déficit chronique d’offre et réduire une forte dépendance au fioul et aux importations d’hydrocarbures raffinés, lourde pour les comptes publics.
La signature, en présence des ministres mauritaniens de l’Énergie et du Pétrole, de l’Économie et des Finances, a été paraphée côté saoudien par le président du conseil d’administration d’ACWA Power et par le président du Fonds saoudien pour le développement. Ce format quadripartite met en lumière la place prise par les financements souverains du Golfe dans la construction d’infrastructures énergétiques en Afrique.
La future centrale s’inscrit dans une logique de « gas-to-power », déjà éprouvée par plusieurs producteurs africains.
Un outil dimensionné pour l’industrie et l’accès des ménages
Avec 230 MW, l’installation représente un saut significatif pour un système électrique mauritanien encore modeste au regard des ambitions minières et industrielles du pays. Les autorités veulent sécuriser l’alimentation des grands consommateurs — au premier rang, le secteur extractif — tout en élargissant l’accès à l’électricité des ménages. L’arbitrage en faveur d’un usage domestique d’une partie du gaz, plutôt qu’une exportation intégrale sous forme de GNL, est une revendication de longue date réaffirmée depuis l’entrée en production de GTA.
Cette bascule vers le gaz naturel vise aussi à abaisser le coût moyen de production, aujourd’hui pénalisé par le recours à des carburants importés. À l’échelle internationale, plusieurs pays du continent — du Mozambique au Nigeria — ont déjà enclenché ce type de trajectoire, cherchant à capter davantage de valeur en interne tout en stabilisant leur offre électrique.
Financement et diplomatie énergétique: la méthode ACWA Power
Pour ACWA Power, développeur basé à Riyad, ce contrat renforce une présence africaine en montée en puissance et illustre une approche intégrée combinant développement de projet et appui financier des bailleurs du Golfe. L’articulation avec le Fonds saoudien pour le développement montre la convergence entre diplomatie économique et impératifs d’électrification, dans un contexte de besoins d’investissement élevés sur le continent.
La centrale s’affirme comme un repère industriel pour la souveraineté énergétique mauritanienne. En reliant un gisement offshore à un usage électrique national, le pays tente d’amorcer une montée en gamme de son mix et de stabiliser un coût système encore volatil.
Ce que cela change pour les équilibres régionaux
Le choix de convertir sur place une part du gaz extrait à GTA clarifie la priorité donnée à l’usage domestique et à la sécurité d’approvisionnement, avant l’exportation en GNL. Pour la région, ce positionnement favorise la fiabilisation des réseaux et la compétitivité des industries locales fortement électro-intensives, en particulier les mines.
Pour les observateurs européens et français, l’enjeu est de suivi plutôt que d’impact immédiat sur la facture finale. La montée des capacités électriques africaines fondées sur le gaz peut, à moyen terme, stabiliser des marchés régionaux et réduire la pression sur les importations d’hydrocarbures raffinés, sans préjuger des arbitrages commerciaux futurs autour du GNL. La dynamique n’en demeure pas moins révélatrice : sécuriser l’électricité au plus près des gisements contribue à amortir la volatilité des coûts de génération dans des systèmes encore fragiles.
Ordres de grandeur et bénéficiaires
À l’échelle d’un réseau européen, 230 MW restent une puissance moyenne. Mais pour la Mauritanie, le saut est structurant : il apporte une marge de manœuvre pour lisser les pointes de consommation, planifier la maintenance des groupes au fioul et stabiliser l’approvisionnement des gros sites industriels. Les ménages pourraient bénéficier d’une meilleure continuité de service, condition indispensable au développement d’usages domestiques et professionnels.
Le projet s’inscrit enfin dans une stratégie visant à diversifier un parc encore dominé par les combustibles liquides importés. En réduisant l’exposition aux variations de prix de ces produits, le pays cherche à préserver ses équilibres budgétaires et à renforcer l’attractivité de ses filières exportatrices.
Les paramètres clés du projet
| Élément | Détail |
|---|---|
| Technologie | Conversion du gaz naturel en électricité |
| Puissance | 230 MW |
| Ressource | Gaz du champ offshore GTA (Mauritanie–Sénégal) |
| Objectifs | Réduire la dépendance au fioul, sécuriser l’alimentation des mines, élargir l’accès des ménages |
| Parties prenantes | État mauritanien, ACWA Power, Fonds saoudien pour le développement |
À retenir pour les acteurs français de l’énergie
- Un nouvel actif « gas-to-power » vient ancrer la valorisation locale du gaz en Afrique de l’Ouest, avec un financement soutenu par le Golfe.
- La réorientation partielle du gaz vers l’usage domestique renforce la sécurité d’approvisionnement électrique mauritanienne et la compétitivité de son secteur extractif.
- Pour le suivi des marchés, l’enjeu est d’observer comment ces arbitrages entre consommation locale et exportation en GNL évolueront dans le temps.