Des démentis qui fragilisent un lancement très ambitieux
Le nouveau stablecoin Open USD (OUSD), présenté le 30 juin par Open Standard comme le pivot d’une vaste coalition de plus de 140 partenaires, voit sa crédibilité remise en cause. En Corée du Sud, plusieurs entreprises majeures – à commencer par Samsung Electronics – affirment n’avoir aucun lien officiel avec l’initiative, malgré leur présence sur une liste de soutien publicisée par le projet. Ces démentis, rapportés d’abord par Chosun Biz le 3 juillet, posent une question simple mais décisive : l’alliance revendiquée existe-t-elle vraiment au-delà de l’effet d’annonce ?
Une promesse attractive… sans preuves d’adhésion
Open Standard vante pour OUSD un mécanisme de mint sans frais assorti d’un partage des revenus de réserves pour les membres. La communication met en avant des noms de premier plan comme Visa, Mastercard, Stripe, BlackRock et Coinbase. Elle mentionne aussi 13 entités coréennes, parmi lesquelles Samsung Electronics, Dunamu, Shinhan Financial Group, K Bank et sept émetteurs de cartes. Dans les jours ayant suivi l’annonce, au moins quatre de ces acteurs coréens ont pris publiquement leurs distances, contestant toute participation formelle.
« Il n’y a eu aucune consultation officielle, et nous ne savons même pas quel rôle nous serions amenés à jouer (dans le consortium) », rapporte Chosun Biz en citant un responsable de Samsung Electronics.
D’autres entreprises citées décrivent un schéma similaire : une simple prise de contact informelle, sans accord, suivie d’une apparition de leur nom sur la liste des membres.
« Nous avons découvert que nous étions membres du consortium OUSD par le biais des médias nationaux… Nous sommes perplexes de nous retrouver inclus en tant que membres. »
Le spectre du précédent Libra/Diem
La séquence rappelle un épisode coûteux pour l’industrie : en 2019, le consortium Libra de Facebook s’était lancé avec 28 membres fondateurs, dont Visa, Mastercard et Stripe. Moins de quatre mois plus tard, ces trois entreprises se retiraient. Rebaptisé Diem, le projet finira par céder ses actifs en 2022. Sans extrapoler, la comparaison souligne un point : la réussite d’un stablecoin ne tient pas qu’à l’ingénierie financière, mais à la solidité – et à la vérifiabilité – de ses soutiens.
Pourquoi ces démentis comptent pour les marchés
Au-delà des effets de communication, l’inclusion non confirmée de groupes reconnus dans un « consortium » expose un projet à un choc de confiance. Dans le cas d’OUSD, l’absence d’accords formalisés avec des partenaires présentés comme centraux fragilise, dès le départ, la narration d’un réseau déjà robuste. Pour les investisseurs et les entreprises qui évaluent une exposition au stablecoin, la priorité devient la vérification indépendante des engagements annoncés.
Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas
- Ce qui est avéré : l’annonce d’Open USD le 30 juin, la promesse de mint sans frais et de partage de revenus, et des démentis publics d’au moins quatre entités coréennes dont Samsung Electronics, relayés par Chosun Biz le 3 juillet.
- Ce qui reste incertain : l’étendue réelle des soutiens internationaux listés (Visa, Mastercard, Stripe, BlackRock, Coinbase), en l’absence de confirmations officielles émanant de ces entreprises dans le cadre du projet.
- Ce qui en découle : un test de crédibilité immédiat pour Open Standard, susceptible d’influencer l’adoption du stablecoin à court terme.
Repères clés du dossier
| Élément | Détail |
|---|---|
| Lancement | 30 juin (annonce d’Open USD par Open Standard) |
| Promesse aux membres | Mint sans frais et partage des revenus de réserves |
| Partenaires mis en avant | Visa, Mastercard, Stripe, BlackRock, Coinbase |
| Entités coréennes listées | 13 (dont Samsung Electronics, Dunamu, Shinhan Financial Group, K Bank et 7 émetteurs de cartes) |
| Démentis signalés | Au moins 4 acteurs coréens |
| Source du démenti | Chosun Biz, le 3 juillet |
La suite : transparence exigée
Pour dissiper le doute, il faudra des confirmations publiques et documentées des membres revendiqués, ou, à défaut, une mise à jour rigoureuse de la liste. À ce stade, la prudence s’impose : l’argument d’un consortium étendu ne peut pas, à lui seul, servir de gage de solidité. Faute de preuves tangibles, les marchés traiteront ces annonces comme de la communication spéculative. L’épisode, enfin, rappelle qu’un stablecoin – quel que soit son modèle – dépend autant d’alliances réelles et traçables que d’une gouvernance crédible. Sans ces éléments, l’adoption restera hypothétique.