Une réforme qui transforme des indemnités en aide sociale
La réduction de la durée d'indemnisation du chômage, instaurée par le gouvernement fédéral du Premier ministre Bart De Wever, a déjà entraîné l'arrêt des allocations pour un nombre important de bénéficiaires. Sur le seul premier semestre, plus de 99 000 personnes ont été concernées par les trois premières vagues du dispositif, selon l'Office national de l'emploi (Onem).
Un report massif vers les services sociaux communaux
Les chiffres provenant du Service public de programmation "Intégration sociale" et relayés par L'Echo révèlent que la moitié des personnes exclues s'est tournée vers l'aide publique locale : 52 600 demandes de revenu d'intégration ont été déposées auprès des CPAS pour ces 99 000 personnes, soit plus de 53 %. Parmi elles, 43 600 ont été acceptées (≈83 % des demandes) et près de 9 000 refusées, souvent en raison de revenus du ménage dépassant les plafonds autorisés (par exemple un conjoint actif).
| Vague | Période ciblée | Personnes concernées |
|---|---|---|
| 1 | Janvier | Indemnisés depuis ≥20 ans et jeunes allocataires d'insertion >1 an |
| 2 | Début mars | Chômeurs depuis 8 à 20 ans |
| 3 | Avril | Chômeurs depuis 2 à 8 ans |
| 4 | 1er juillet | ≈43 000 personnes supplémentaires |
Vers 180 000 personnes privées d'allocations en un an
Le calendrier prévoit que, d'ici un an, environ 180 000 personnes auront perdu leurs droits aux allocations. Le gouvernement avait estimé qu'un tiers des exclus demanderait l'aide des CPAS ; les premières données indiquent un basculement bien supérieur. Ce transfert de charge pose plusieurs enjeux concrets pour les salariés, demandeurs d'emploi et employeurs.
Conséquences pratiques et risques pour les publics concernés
- Précarisation financière : pour ceux dont la demande au CPAS est acceptée, le revenu d'intégration est généralement inférieur aux allocations chômage précédentes, entraînant une baisse du niveau de vie et des tensions sur le budget des ménages.
- Effet ciseau : des refus de prise en charge (près de 9 000 cas) montrent que certains ménages doivent s'appuyer sur d'autres ressources ou sur l'entraînement d'aides informelles, avec un risque accru d'endettement.
- Pression sur les communes : l'afflux de demandeurs vers les CPAS mobilise des moyens locaux supplémentaires et peut créer des goulets d'étranglement dans l'accompagnement social et l'insertion.
Ce que cela change pour le marché du travail
La réforme vise à inciter au retour à l'emploi en plafonnant la durée d'indemnisation à deux ans pour les personnes justifiant d'un certain nombre d'années de travail. Dans les faits, l'impact sera double : elle poussera certains vers des emplois de remplacement ou des dispositifs d'insertion, mais elle risque aussi de laisser un nombre significatif de personnes en marge si l'offre d'emploi locale, la formation ou les services d'accompagnement ne suivent pas.
Le suivi des prochaines vagues et l'analyse des parcours des exclus seront déterminants pour évaluer si la réforme atteint ses objectifs d'activation ou si elle transfère simplement la charge sociale vers les collectivités locales et fragilise davantage certains ménages.