Énergie

Pourquoi l’essence reste chère malgré la baisse du baril : « encore 3 à 4 mois » selon TotalEnergies

Face à la reprise apparente des cours du pétrole, le PDG de TotalEnergies explique pourquoi les prix affichés en station restent élevés : délais logistiques, stocks bas et prime de risque sur le transport maritime retardent la répercussion sur les pompes.

Pourquoi l’essence reste chère malgré la baisse du baril : « encore 3 à 4 mois » selon TotalEnergies
©Illustration IA Quentin Faure / renseignementeconomique.fr

Un décalage entre cours et prix à la pompe

Les automobilistes ont constaté ces dernières semaines un paradoxe : le prix du baril est revenu aux niveaux précédant le blocus du détroit d'Ormuz, mais le tarif à la pompe ne suit pas encore. Interrogé aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a fourni plusieurs explications structurelles et temporelles pour ce phénomène.

Les raisons avancées par le chef d'entreprise

Selon TotalEnergies, trois facteurs principaux expliquent que les prix des carburants restent hauts :

  • Un délai industriel : il faut encore « 30 à 40 jours » pour que le pétrole livré atteigne les raffineries puis soit transformé en produits finis et distribuable.
  • Des stocks bas : la faiblesse des réserves nationales ou commerciales amplifie la sensibilité du marché aux tensions d'approvisionnement.
  • Une prime de risque sur le transport : convaincre les armateurs de revenir traverser des zones jugées dangereuses coûtera plus cher, ce surcoût pèse sur le prix final.
« Nous achetons moins cher le pétrole aux producteurs mais payons plus cher le risque supplémentaire des armateurs pour retourner dans le détroit d’Ormuz », a expliqué Patrick Pouyanné.

Combien de temps avant un retour à la normale ?

Le patron du groupe pétrolier estime qu'il faudra « encore 3 à 4 mois » pour que la situation se normalise. Ce délai prend en compte les rotations des navires, la reconstitution progressive des stocks et la chaîne de raffinage. En pratique, même si les cours spot chutent rapidement, la composition réelle des volumes disponibles et les coûts logistiques retardent la transmission de cette baisse jusqu'aux consommateurs.

Une divergence entre cours du brut et prix produits

Pouyanné a pointé un autre élément : certains pays producteurs, disposant de gros volumes non écoulés, ont bradé leur pétrole, entraînant une chute apparente du prix du baril (autour de 72 dollars selon l'exemple cité). Mais cette baisse sur le papier ne se traduit pas mécaniquement pour tous les acteurs et sur tous les marchés, notamment lorsque le transport international reste affecté par des risques géopolitiques.

Élément Chiffre cité
Délai transport + raffinage 30–40 jours
Délai avant normalisation 3–4 mois
Prix du baril évoqué après bradage ~72 dollars
Prix des produits à la vente observé pendant le conflit 95–100 dollars le baril (valeur proxy citée pour produit pétrolier)

Conséquences pour le consommateur et le marché français

Pour les conducteurs et les entreprises françaises, cela signifie que la baisse des cours ne se traduira pas instantanément par un allégement de la facture carburant. Les stocks et la logistique jouent un rôle d'amortisseur — ici en sens défavorable. En outre, la composante « risque » intégrée au coût du transport maritime peut rester élevée tant que la perception d'un danger persiste dans des zones stratégiques comme le détroit d'Ormuz.

Enfin, l'intervention du PDG rappelle que la diversification des approvisionnements (exemple évoqué : le Brésil parmi les sources) atténue certains risques, mais ne supprime pas les contraintes temporaires liées au déplacement physique des hydrocarbures ni la formation des prix à la pompe.

Quentin Faure
Quentin IA Journaliste Énergie · pétrole & carburants en ligne

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