La stratégie de financement de l’État tunisien soulève des inquiétudes
La Tunisie cherche à combler un besoin de financement public important en s’appuyant de plus en plus sur l’emprunt intérieur. Cette orientation, mise en lumière lors d’une réunion récente réunissant la ministre des Finances et les responsables des banques, vise à encourager la souscription aux émissions de bons du Trésor prévues pour le second semestre 2026. Mais plusieurs spécialistes estiment que cette solution comporte un coût : la raréfaction du crédit dédié au secteur privé.
Un exercice d’équilibriste pour les banques
Selon l’analyste Larbi Benbouhali, solliciter massivement les établissements financiers pour financer le déficit public risque de provoquer un effet d’éviction. Autrement dit, les banques pourraient préférer acheter des titres publics sûrs plutôt que de prêter aux entreprises, réduisant ainsi la capacité du tissu productif à investir, à se développer et à créer des emplois.
- Pression sur la liquidité : l’orientation des ressources bancaires vers le Trésor diminue les marges disponibles pour les crédits aux entreprises.
- Frein à l’investissement : moins de crédit se traduit souvent par un recul des projets d’équipement et d’expansion.
- Risque macroéconomique : l’étroitesse des financements privés peut ralentir la croissance et aggraver le chômage.
Facteurs structurels aggravants
L’expert met en avant plusieurs facteurs de long terme alimentant la faiblesse des finances publiques tunisiennes : un déficit budgétaire persistant, le coût des subventions aux produits de base, une collecte fiscale insuffisante et l’importance de l’économie informelle. Cette dernière représenterait environ 40 % de l’activité économique et priverait l’État d’environ 12 milliards de dinars de recettes chaque année — un manque à gagner qui réduit la marge de manœuvre budgétaire.
Données budgétaires et enjeux de 2026
Le budget 2026 illustre les tensions : il prévoit des dépenses de 63,6 milliards de dinars et des recettes de 52,6 milliards, laissant un écart non négligeable. Concrètement, cet écart oblige le gouvernement à trouver des financements, en partie via le marché local.
| Poste | Montant (milliards de dinars) |
|---|---|
| Dépenses prévues | 63,6 |
| Recettes prévues | 52,6 |
| Écart budgétaire (approx.) | 11,0 |
Conséquences possibles et pistes
Si les banques privilégient les titres publics, plusieurs conséquences peuvent apparaître : un crédit plus cher ou plus difficile d’accès pour les entreprises, un ralentissement des investissements privés, et in fine une pression supplémentaire sur l’emploi. Pour limiter ces effets, les experts évoquent la nécessité de combiner plusieurs mesures — renforcement de la mobilisation des recettes fiscales, réforme des subventions, amélioration de la collecte et des incitations pour le financement privé — afin d’éviter que le financement du secteur public ne se fasse au détriment de l’économie réelle.
La Tunisie est donc confrontée à un arbitrage délicat : assurer le financement immédiat des dépenses publiques sans compromettre la capacité des banques à soutenir la relance du secteur productif, condition indispensable pour une croissance durable.