Projet d'agence locale au Cameroun : rupture ou complémentarité ?
Originaire du Cameroun et basée entre Paris et Yaoundé, Victoire DJANHAN a présenté, lors de la IVe édition de L'Économie Business Summit à Paris-La Défense (1er-3 juillet), son projet de créer la première agence de notation au Cameroun. Intervenante et modératrice d'un panel sur les financements innovants et durables, elle a expliqué vouloir concevoir une structure dirigée par des acteurs locaux et ajustée aux spécificités économiques et sociales du pays, dans le but d'améliorer l'accès au crédit.
Son parcours professionnel éclaire cette ambition : après vingt-deux ans en Allemagne et des postes dans des gestionnaires d'actifs mondiaux, elle occupe depuis cinq ans un poste de direction commerciale chez Fitch, couvrant trois pays européens. Elle indique toutefois son intention de quitter Fitch en cours d'année pour se consacrer au lancement de l'agence camerounaise. Ce mouvement traduit une volonté de transférer des compétences acquises dans les grandes institutions financières internationales vers une structure locale.
Enjeux et conséquences pour les marchés et les emprunteurs
Une agence de notation locale vise, selon la porte-parole, à définir des critères d'évaluation mieux adaptés aux réalités du pays : faiblesse des séries historiques, informalité économique, contraintes institutionnelles. L'objectif annoncé est double : rendre la notation plus compréhensible pour le public et plus pertinente pour les prêteurs, afin de favoriser l'octroi de crédit et de clarifier le prix du risque. Dans un contexte où le coût du crédit et l'accès aux marchés restent déterminants pour le développement, une agence locale pourrait modifier l'équation financière pour entreprises et États.
"Une agence de notation locale faite par des locaux qui comprennent notre environnement"
Le projet pose néanmoins plusieurs questions pratiques et réglementaires : reconnaissance internationale des notations émises localement, gouvernance et indépendance vis-à-vis des influences politiques, capacité à collecter des données fiables. Les grandes agences internationales jouent aujourd'hui un rôle central dans la tarification du risque souverain et corporate ; une initiative nationale devra donc trouver sa place en complément ou en alternative crédible pour attirer investisseurs et prêteurs.
Compétences transférées et timing
L'expérience de la promotrice, acquise au sein d'acteurs tels que Goldman Sachs Asset Management, Crédit Suisse Asset Management et Axa Investment Managers, ainsi que son mandat récent chez Fitch, constituent un capital professionnel important pour structurer la nouvelle agence. Elle parle d'un départ prévu « cette année » pour se consacrer à ce projet, sans fournir de calendrier détaillé lors de l'entretien recueilli par AfricaPresse.Paris.
- Objectif : créer une agence de notation nationale au Cameroun.
- Motivation : adapter les méthodologies d'évaluation au contexte local et améliorer l'accès au crédit.
- Ressorts : transfert d'expérience depuis des institutions financières internationales.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Parcours | 22 ans en Allemagne; postes chez Goldman Sachs AM, Crédit Suisse AM, Axa IM |
| Rôle actuel | Directrice commerciale chez Fitch pour l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse (depuis 5 ans) |
| Projet | Créer une agence de notation au Cameroun; départ de Fitch prévu cette année |
À l'échelle française et européenne, l'émergence d'agences de notation locales sur le continent africain mérite attention : elle peut diversifier les sources d'information sur la qualité de crédit et influer sur les décisions d'investissement. Pour les autorités publiques et les investisseurs, il s'agira d'évaluer la robustesse méthodologique et l'indépendance de ces initiatives afin qu'elles contribuent effectivement à réduire les asymétries d'information sans remplacer les pratiques de marché éprouvées.
L'entretien, publié par AfricaPresse.Paris et réalisé par Bruno Fanucchi, offre une fenêtre sur une dynamique où compétences internationales et volonté d'autonomie financière locale se rencontrent. Le succès d'un tel projet dépendra autant de la qualité technique des notations que de la confiance qu'y accorderont bailleurs, banques et investisseurs privés.