Une activation improbable mais une menace tangible
À moins de 30 heures de la fin de la période d'activation, le BIP‑110 ne rassemble pas les appuis nécessaires pour s'activer via le mécanisme de signalement des mineurs. Sur la fenêtre visée — la période 476 et jusqu'au bloc #961 632 — seuls 47 blocs ont indiqué leur soutien, soit environ 2,6 % des blocs minés sur la période, loin du seuil fixé par la proposition.
Ce que propose précisément le BIP‑110
Le BIP‑110 cherche à inscrire dans les règles de consensus des limites temporaires sur la taille et le type de données non monétaires dans les blocs, une réponse directe au phénomène des Ordinals et des “inscriptions”. Plutôt que de rester une règle de relais, ces restrictions seraient codées au niveau consensus — ce qui, en cas d'activation, forcerait tous les nœuds à appliquer les nouvelles règles sous peine de validation divergente des blocs.
Les chiffres clés de la période en cours
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Seuil de signalement requis | 55 % (soit 1 109 signaux sur 2 016 blocs) |
| Signaux observés à ce stade | 47 blocs (2,6 %) |
| Signaux période précédente | 26 blocs |
Pourquoi le déclenchement par mineurs était déjà improbable
- Le mode d'activation retenu (55 % sur 2 016 blocs) est bien en‑dessous des pratiques prudentes (les soft forks se coordonnent souvent autour de 95 %).
- Le signalement des blocs a certes progressé par rapport à la période précédente, mais part d'un niveau si bas qu'il ne peut atteindre le quota requis dans le temps restant.
- Beaucoup d'acteurs, dont les mainteneurs de Bitcoin Core, s'opposent au BIP‑110, ce qui réduit drastiquement les chances d'un soutien minier massif.
Activation forcée par nœuds : quel risque réel de scission ?
Les promoteurs envisagent maintenant une activation forcée par les nœuds — c'est‑à‑dire que certains opérateurs mettraient à jour leurs clients pour appliquer les nouvelles règles indépendamment du signalement minier. Techniquement, si une fraction significative de nœuds applique des règles différentes de celles acceptées par la majorité des mineurs, le réseau pourrait se retrouver en fork : deux chaînes concurrentes valides selon des règles distinctes.
Une telle scission aurait des conséquences pratiques : incertitude sur la finalité des transactions, volatilité accrue des prix, complexité pour les custodians et plateformes d'échange qui doivent décider quelle chaîne reconnaître. Pour les entreprises et utilisateurs français exposés au Bitcoin, cela signifierait des risques opérationnels et juridiques temporaires.
Ce qui reste spéculatif
Il est spéculatif d'estimer aujourd'hui l'ampleur d'une scission potentielle : tout dépendrait du nombre précis de nœuds et de mineurs qui, au dernier moment, choisiraient un camp. Les chiffres publiés sur le signalement rendent toutefois une activation « normale » extrêmement improbable.
Surveillez les prochains blocs : si un afflux massif de signaux venait à apparaître, la situation évoluerait très vite. Sinon, l'option restante — l'activation forcée par nœuds — reste risquée et pourrait aboutir à une fracture durable du consensus, un scénario que la plupart des acteurs du réseau cherchent à éviter.