Une page se referme à Saint-Emétéry
À Chusclan, la communauté de Saint-Emétéry met un terme à plus de 107 ans de présence continue. Les dernières religieuses de la congrégation de la Retraite chrétienne ont quitté les lieux, marquant la fin d’une implantation entamée en 1919. La décision, annoncée lors d’une cérémonie d’adieu tenue le 24 juin en présence de l’évêque de Nîmes, s’explique par l’érosion des effectifs et l’avancée en âge des sœurs.
« Durant 107 années, elles ont vécu dans ce beau lieu ensoleillé du Midi qui contrastait avec le pays beaucoup plus rude et froid et enneigé de la Franche-Comté »
Ces mots, attribués à Rose‑Marie Prongue, ancienne supérieure de l’ordre, résument l’attachement à ce site où la congrégation a accompagné successivement des orphelines, des enfants fragiles, des femmes en difficulté puis, plus récemment, des personnes âgées en béguinage. Le départ est motivé par une « fragilité en nombre et en âge », qui ne permet plus d’assurer une vie religieuse sur place.
Un héritage façonné par l’exil et le retour
Fondée en 1789 aux Fontenelles (Doubs) par l’abbé Antoine‑Sylvestre Receveur, la congrégation a d’abord proposé un lieu de prière et de retraite, avant de se tourner vers l’hébergement et l’instruction de petites filles pauvres. Les lois anticléricales de 1901 ont conduit à l’expulsion des religieuses. Elles reviendront sur le territoire français en 1919, à la recherche d’un nouveau point d’ancrage.
Le choix se porte alors sur Saint‑Emétéry, ancien prieuré acquis en 1895 par Monseigneur Fuzet — Laudunois, ancien évêque de Saint‑Denis de La Réunion puis archevêque de Rouen — qui avait fait édifier le grand bâtiment fermant la cour. Avant sa disparition, il avait exprimé le souhait que le site accueille des orphelins de la Grande Guerre. Après une tentative sans suite avec des franciscaines d’Alès, le chanoine Lesergeant, délégataire du prélat, sollicite la Retraite chrétienne. Les premières sœurs arrivent le 27 novembre 1919.
Du soin des orphelines au béguinage pour aînés
Pendant des décennies, la maison a évolué selon les besoins : atelier de couture, aérium pour enfants fragiles, école, puis accueil de personnes âgées en formule de vie partagée. Cette adaptation progressive illustre la capacité des congrégations à ajuster leurs missions sociales, tout en conservant un ancrage spirituel et éducatif.
Au fil du temps, toutefois, la démographie interne s’est contractée. La congrégation, qui a compté des milliers de religieuses à son apogée (sans précision chiffrée dans la source), ne rassemblait plus que 12 sœurs en 2022. Ce rétrécissement explique la fermeture du site et l’impossibilité de maintenir une présence régulière.
Dates repères
| Période | Événement |
|---|---|
| 1789 | Fondation de la Retraite chrétienne aux Fontenelles (Doubs) |
| 1901 | Expulsion des congrégations religieuses par les lois anticléricales |
| 1895 | Acquisition de Saint‑Emétéry par Mgr Fuzet |
| 1919 | Retour en France et installation des premières sœurs à Saint‑Emétéry (27 novembre) |
| 2022 | La congrégation ne compte plus que 12 sœurs |
| 2026 | Départ des dernières sœurs de Chusclan après 107 ans de présence |
Ce que change la fermeture
La disparition de la communauté à Chusclan clôt un cycle entamé au lendemain de la Première Guerre mondiale. Pour le territoire, cela signifie la fin d’un pôle d’accueil qui a, tour à tour, soutenu enfants vulnérables, femmes en détresse et aînés en habitat partagé. Pour la congrégation, la fermeture s’inscrit dans une réorganisation dictée par la réalité des effectifs et l’âge des membres, tels que rappelés lors de la cérémonie d’adieu.
- Un site historique cesse son activité religieuse après plus d’un siècle.
- Les motifs invoqués portent sur la diminution et le vieillissement des sœurs.
- Les usages successifs du lieu témoignent d’un engagement social mutatif : éducation, santé, accompagnement des aînés.
Un témoignage de long terme
Au-delà de l’émotion suscitée localement, la fermeture de Saint‑Emétéry rappelle l’empreinte durable laissée par la Retraite chrétienne depuis la fin du XIXe siècle dans la région. Elle met aussi en lumière les contraintes auxquelles sont confrontées les congrégations lorsque les ressources humaines se raréfient. Les paroles prononcées lors des adieux, restituées par l’ancienne supérieure, soulignent l’attachement à ce « beau lieu ensoleillé du Midi » et referment un chapitre commencé il y a 107 ans.