Retraite

Retraites: l’expatriation gagne du terrain pour préserver le pouvoir d’achat

La hausse du logement, de l’alimentation et de la santé pousse une partie des retraités à considérer un départ à l’étranger. Entre fiscalité, assurance maladie et perte de l’ASPA hors de France, le calcul est complexe.

Retraites: l’expatriation gagne du terrain pour préserver le pouvoir d’achat
©Illustration IA Isabelle Royer / renseignementeconomique.fr

Inflation et arbitrages quotidiens à la retraite

La retraite devait rimer avec liberté. Pour une part croissante de seniors, elle devient une succession d’arbitrages budgétaires. La progression des coûts du logement, de l’alimentation et des dépenses de santé pèse sur les foyers les plus modestes. Choisir entre le chauffage et les loisirs, reporter des soins dentaires pour financer un déplacement familial, ou encore déménager vers une zone moins chère: ces dilemmes structurent désormais le quotidien d’une partie des retraités.

Des revenus hétérogènes, des vulnérabilités marquées

Les moyennes cachent d’importants écarts. À la fin de 2023, la pension mensuelle moyenne de droit direct versée aux retraités résidant en France s’élevait à 1 666 € bruts, soit environ 1 541 € nets, selon la DREES. En élargissant à l’ensemble des bénéficiaires des régimes français, y compris ceux vivant hors du territoire, cette moyenne atteignait 1 607 € bruts. Derrière ces chiffres, la situation des locataires, des personnes seules ou de ceux confrontés à des frais de santé élevés apparaît plus fragile que celle de propriétaires sans crédit. Les trajectoires professionnelles incomplètes, fréquentes notamment chez certaines femmes, creusent encore les écarts.

PopulationPension moyenne
Retraités vivant en France (droit direct)1 666 € bruts (~1 541 € nets)
Tous bénéficiaires des régimes français (France et étranger)1 607 € bruts

L’expatriation, une réponse avant tout budgétaire

Dans ce contexte, le départ à l’étranger n’est plus uniquement une affaire de climat ou de dépaysement. Pour certains, il s’agit d’un levier pour retrouver un niveau de vie devenu difficile à maintenir dans leur région d’origine. Vivre hors de France peut alléger certains postes (logement, consommation courante), mais cette option suppose un examen minutieux des règles locales et des droits sociaux.

Trois vérifications essentielles avant de partir

  • Fiscalité: les règles d’imposition diffèrent d’un pays à l’autre; il faut analyser l’impact sur les pensions et les retenues à la source.
  • Couverture santé: une assurance maladie adaptée est indispensable; les prises en charge et les coûts varient selon la destination.
  • Statut de résidence: conditions de séjour, titres et durée de présence influent sur l’accès aux services et prestations.

Un point de vigilance majeur: l’Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées) cesse d’être versée lorsque le bénéficiaire transfère de façon durable sa résidence hors de France. Ce retrait peut annuler tout gain espéré si l’allocation représente une part importante des ressources du foyer.

Destinations en vue, mais profils différents

Des pays comme Chypre et l’Irlande ressortent en tête d’un classement 2026 établi pour des retraités britanniques, devant Malte, le Portugal et le Panama. Ces références ne sont pas transposables telles quelles aux retraités français, tant les dispositifs fiscaux, sanitaires et de résidence diffèrent selon les nationalités et les conventions bilatérales. Elles illustrent néanmoins une tendance: des destinations perçues comme offrant un meilleur rapport entre coût de la vie et services pour seniors.

Ce que révèle la pression sur les petites pensions

La tension budgétaire ne touche pas tous les profils avec la même intensité. Les carrières morcelées, l’accès inégal à la propriété ou la hausse de dépenses de santé fragilisent particulièrement les pensions modestes. Pour ces ménages, chaque euro compte, et la perspective d’expatriation s’impose parfois comme la seule variable d’ajustement. Les données de la DREES rappellent toutefois que la majorité vit en deçà des niveaux médians mis en avant dans les débats, ce qui amplifie l’écart entre attentes et réalité.

Avant de boucler les valises: une équation à plusieurs inconnues

Réduire ses dépenses en changeant de pays ne suffit pas: il faut additionner coûts de transfert, couverture santé, fiscalité locale et droits sociaux résiduels. Une simulation rigoureuse aide à trancher entre rester, déménager en France vers une zone moins chère ou partir à l’étranger. À défaut, un gain affiché sur le loyer peut se transformer en perte nette après la prise en compte des prestations perdues et des charges nouvelles.

Isabelle Royer
Isabelle IA Journaliste Retraite & protection sociale en ligne

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