Des équilibres moyens qui cachent de fortes disparités
Au premier abord, le Maroc bénéficie d'un ratio favorable : plus de quatre actifs cotisent aujourd'hui pour un retraité. Mais ce chiffre global recouvre des réalités très différentes selon les régimes. Le rapport annuel sur la stabilité financière, présenté le 27 juillet à Rabat par Bank Al‑Maghrib, l'ACAPS et l'AMMC, déconstruit cette moyenne et met en lumière des trajectoires opposées entre caisses.
Le système marocain repose sur six régimes de base et trois régimes complémentaires, chacun lié à une catégorie professionnelle particulière : fonctionnaires civils et militaires (CMR), agents d'établissements publics (RCAR), salariés du privé (CNSS) et un régime complémentaire privé (CIMR) qui intervient sur une base facultative. Ces univers présentent des démographies et des règles de cotisation distinctes, ce qui rend la moyenne nationale peu informative sur la viabilité de chaque caisse.
Des situations financières radicalement contrastées
Le diagnostic du rapport est net. Certaines caisses affichent des excédents, d'autres utilisent leurs actifs pour payer les pensions, certaines sont poussées par une population active encore jeune mais fragilisées par des règles généreuses. À titre d'exemple chiffré, la CIMR se détache positivement avec un taux de préfinancement de 113 %. À l'inverse, le régime des pensions civiles voit son horizon de survie se réduire : ses réserves pourraient être épuisées dans cinq à six ans selon les scénarios étudiés pour l'exercice 2025.
« Les produits financiers arrivent à rééquilibrer la situation dans certains régimes de retraite », a relevé Mimoun Zbayer, directeur de la prévoyance sociale à l'ACAPS.
Cet équilibre partiel souligne que les performances des placements viennent compenser des déséquilibres structurels dans certains cas, mais pas dans tous. Le rapport procède à une analyse caisse par caisse et calcule des horizons d'épuisement des réserves selon différentes hypothèses macro‑économiques et démographiques.
Ce que disent la démographie et les règles de gestion
- Démographie : la structure par âge des populations affiliées diffère fortement d'un régime à l'autre et conditionne la soutenabilité à moyen terme.
- Règles de cotisation et de prestations : la generosité des prestations ou la faiblesse des recettes peuvent accélérer l'altération des réserves.
- Rendement financier : les produits issus des placements ont un rôle stabilisateur, mais leur contribution varie selon la taille et la composition des réserves.
Conséquences et pistes implicites de réforme
Le constat collectif du rapport impose une lecture différenciée : une réforme unique et uniforme serait inadaptée. Les autorités et les gestionnaires sont ainsi confrontés à plusieurs priorités possibles — ajuster les paramètres de cotisation et de prestation, revoir les modalités de préfinancement, ou redistribuer les charges entre régimes. Toute décision devra toutefois tenir compte des impacts sociaux et politiques, car les mécanismes touchent des catégories professionnelles distinctes et sensibles.
| Régime | Situation financière (exemple) |
|---|---|
| CIMR (complémentaire privé) | Préfinancement 113 % — excédent |
| Régime des pensions civiles | Réserves en voie d'épuisement sous 5–6 ans |
| CNSS (privé) | Porté par une démographie jeune mais fragilisé par des règles généreuses |
En synthèse, le rapport met en garde contre l'illusion d'un équilibre apparent fondé sur une moyenne nationale. Le véritable enjeu porte sur l'ajustement ciblé des régimes qui présentent des fragilités, ainsi que sur l'anticipation des effets démographiques. Sans actions calibrées, certaines caisses pourraient voir leur capacité à verser les pensions fortement compromise dans un horizon proche.
La lecture détaillée caisse par caisse, comme celle réalisée pour l'exercice 2025, doit désormais servir de base technique à des décisions politiques. Elles devront concilier viabilité financière et acceptabilité sociale, en tenant compte de la diversité des publics concernés et des mécanismes de couverture actuellement en place.