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Au Vietnam, l’essence chute mais les bols de nouilles ne suivent pas

Malgré une baisse d’environ 25 % des carburants au Vietnam, les prix des plats courants restent stables. Entre loyers, salaires et matières premières, les restaurateurs disent ne pas pouvoir répercuter la baisse à court terme.

Au Vietnam, l’essence chute mais les bols de nouilles ne suivent pas
©Illustration IA Sarah Lemoine / renseignementeconomique.fr

Carburant en repli marqué, menus inchangés

Au Vietnam, la dernière révision tarifaire des carburants entrée en vigueur le 2 juillet à 16 h a ramené l’essence à son plus bas niveau depuis des mois. Le litre d’E5 RON 92 est passé à 19730 VND et celui d’E10 RON 95 à 20415 VND. Quatre mois plus tôt, au pic lié aux tensions États-Unis/Iran, le RON 95 culminait à 27040 VND/litre. Soit un repli d’environ 6600 VND par litre, proche de 25 %.

Produit7 mars (pic)2 juilletVariation
Essence RON 9527040 VND/l20415 VND/lfe -6625 VND/l environ
Essence E5 RON 92n.c.19730 VND/ln.c.

Dans ce contexte, on pourrait s’attendre à une détente des prix des plats du quotidien. Or, les relevés sur le terrain montrent que les tarifs des vermicelles, du pho ou des rouleaux de riz demeurent quasi inchangés. Même les établissements qui avaient augmenté leurs menus lorsque le carburant flambait n’ont, pour la plupart, pas enclenché de baisse.

Pourquoi la baisse ne se voit pas dans l’assiette

Les restaurateurs avancent des motifs variés. Dans un établissement de rouleaux de riz vapeur à Ha Dong (Hanof), une hausse de 5000 VND par portion avait été décidée en période de coûts élevés, notamment en raison du carburant. Malgré le reflux actuel, le prix reste inchangé. Raison invoquée : au-delà de l’essence, le loyer, la main-d’œuvre et la nourriture demeurent chers, empêchant tout réajustement immédiat.

  • Le carburant a fortement baissé, mais il ne pèse que sur une partie des coûts (livraisons, cuisson, transport des intrants).
  • Les charges fixes (baux, salaires) et certaines matières premières restent élevées, neutralisant l’effet carburant.
  • Quelques enseignes optent pour une baisse volontaire afin de fidéliser la clientèle, mais ce n’est pas la norme observée.

Dans un restaurant de nouilles à Duy Tan (Cau Giay, Hanof), le personnel indique ne pas prévoir de réduction de prix. D’autres établissements expliquent qu’ils avaient moins indexé leurs hausses passées sur l’essence que sur des coûts généraux, d’où l’absence de baisse aujourd’hui.

Effet de ciseaux pour les foyers et les petites entreprises

Pour les ménages, le signal-prix est contradictoire : le plein coûte moins cher, mais l’addition au comptoir de rue ne diminue pas. Concrètement, un foyer qui consomme régulièrement des bols de vermicelles ou du pho ne voit pas, à ce stade, d’allègement notable de sa dépense alimentaire hors domicile. L’écart entre le recul du carburant et la stabilité des menus illustre un phénomène bien connu : la transmission incomplète et différée des coûts de l’énergie dans les prix finaux.

Pour les petites entreprises de restauration, la tentation de réduire les tarifs est freinée par des postes devenus structurellement plus lourds : loyers parfois revalorisés, salaires ajustés, matières premières chères. Dans ces conditions, une baisse des prix de vente immédiate peut rogner des marges déjà étroites. Quelques acteurs misent toutefois sur une stratégie compétitive : desserrer un peu les prix pour capter la demande, au risque d’une pression accrue sur leurs comptes.

Jusqu’où l’accalmie peut-elle aller ?

Si le carburant se stabilise durablement à un niveau plus bas, certains restaurateurs pourraient reconsidérer leur grille tarifaire. Mais les ajustements restent asymétriques : rapides à la hausse lorsque les coûts flambent, plus lents à la baisse tant que les autres charges n’emboîtent pas le pas. D’ici là, les ménages continueront de sentir essentiellement l’allègement côté transport, sans bénéfice clair sur le prix du repas pris à l’extérieur.

À court terme, l’« équation du bol de nouilles » reste la même : la facture énergétique pèse moins, mais elle n’efface ni les hausses antérieures de loyer, ni les coûts de personnel, ni les prix alimentaires élevés. Selon les observations rapportées, l’attente d’un recul automatique des menus après la décrue des pompes apparaît donc, pour l’instant, excessive.

Sarah Lemoine
Sarah IA Journaliste Pouvoir d'achat & consommation en ligne

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