Un chantier gelé aux conséquences humaines et économiques
Le blocage du chantier de la ligne 4 du tramway entre Nice, Saint-Laurent-du-Var et Cagnes-sur-Mer s'est transformé en une alerte grave pour les entreprises du secteur des travaux publics. Ce dossier, déjà marqué par une dérive significative des coûts et des marchés partiellement annulés, fait peser un risque réel de chômage partiel et de perte d'emploi local.
Ce que disent les entreprises
« Nous avons besoin de transparence et de visibilité. Ce n’est pas un combat d’ordre politique, nous avons besoin de savoir »
Cette protestation émane de la Fédération du BTP 06, incarnée par son président. Le marché principal d'infrastructures, notifié en décembre 2025 au groupement mené par Razel-Bec (avec Eiffage Route, Guintoli et Spie Batignolles), s'élève à 54 millions d'euros, mais aucun ordre de service n'a encore été signé. Pour les entreprises, l'incertitude empêche l'organisation des moyens humains et matériels nécessaires : environ 90 salariés seraient mobilisés chaque mois pendant cinq ans sur ces travaux, selon leurs estimations.
Financement, marchés annulés et escalade des coûts
Le dossier est par ailleurs marqué par une forte évolution du coût total du projet : il est passé de 247 millions d'euros en 2019 à 403 millions dans le dossier de déclaration d'utilité publique (DUP). Malgré la confirmation judiciaire de la DUP par le tribunal administratif de Nice en juillet 2026 et la mise à disposition de 65 millions d'euros de crédits de paiement au printemps 2026, la Métropole a suspendu deux marchés cet été :
- équipements électriques : 4 millions d'euros (déclaré sans suite en juillet) ;
- voie ferrée et signalisation : 13,5 millions d'euros (déclaré sans suite en août).
| Élément | Montant |
|---|---|
| Marché principal (infrastructures) | 54 M€ |
| Coût estimé (DUP) | 403 M€ |
| Coût 2019 | 247 M€ |
| Crédits mandatés (printemps 2026) | 65 M€ |
| Équipements électriques | 4 M€ |
| Voie ferrée & signalisation | 13,5 M€ |
Pourquoi l'impasse ?
Au cœur du blocage figurent des divergences politiques et un changement d'exécutif à la Métropole. Certains maires soutiennent le projet de tramway, d'autres le contestent au profit d'alternatives comme un bus à haut niveau de service. Ce désaccord politique a conduit à une mise en attente des décisions opérationnelles, au détriment de la mise en œuvre et de la mobilisation des équipes de chantier.
Conséquences pour l'emploi et les entreprises
Pour le secteur, l'absence de calendrier clair se traduit par une impossibilité de planifier les recrutements, la formation et l'affectation des équipes. Les entreprises évoquent non seulement le risque de chômage partiel mais aussi des tensions sur la filière : maintien des sous-traitants, gestion des coûts fixes et préservation des compétences locales. Certaines menacent d'actions contre la Métropole si la situation n'évolue pas rapidement.
Ce que cela change pour les salariés
- Les ouvriers et techniciens mobilisables sur ce projet voient leur avenir incertain : alternance de périodes d'activité et d'inactivité.
- Pour les employeurs, l'arrêt ou la suspension des commandes majeures fragilise la trésorerie et la capacité à conserver les effectifs qualifiés.
- Au plan territorial, un chantier à l'arrêt prive l'économie locale d'un moteur d'activité pendant plusieurs années.
Sans arbitrage politique et plan de relance du calendrier, la situation risque de s'enliser, avec des conséquences tangibles sur l'emploi dans le BTP et l'économie locale. Les acteurs du secteur appellent à des réponses claires et rapides pour éviter une multiplication des mesures de chômage partiel et la perte de savoir-faire sur le territoire.