Des pointes exceptionnelles en pleine canicule
La canicule de juin a profondément déséquilibré le marché français de l’électricité : selon l’observatoire de Storio Energy, le prix spot a atteint un pic inédit à 313 €/MWh le 24 juin en soirée. Cette flambée s’explique par une consommation en hausse marquée au crépuscule — l’illustration la plus nette de la « duck curve » — alors même que la disponibilité du parc nucléaire chutait.
Des extrêmes qui se creusent : du négatif au très élevé
Sur le mois, le prix moyen spot s’établit à 66 €/MWh, mais masque d’importantes oscillations : la moyenne des maxima journaliers atteint 151 €/MWh, tandis que la moyenne des minima tombe à 12 €/MWh, soit un écart moyen (spread) de 139 €/MWh. Depuis le début de l’année, la France a enregistré environ 570 heures à prix nul ou négatif, contre environ 480 heures sur la même période de 2025.
| Indicateur | Valeur (juin) |
|---|---|
| Prix spot moyen | 66 €/MWh |
| Pic journée | 313 €/MWh |
| Moyenne des maxima journaliers | 151 €/MWh |
| Moyenne des minima journaliers | 12 €/MWh |
| Heures à prix ≤ 0 | ~570 h |
Causes combinées : soleil, vent, nucléaire et chaleur
La lecture du mois montre une double dynamique. En journée, une forte production solaire et un bon niveau éolien ont parfois poussé les prix vers le bas — jusqu’à -45 €/MWh le 7 juin en milieu d’après‑midi. À l’inverse, en fin de journée la hausse de la demande liée à la canicule (+8 GW en moyenne et +10 GW en pointe par rapport au début du mois) conjuguée à une baisse d’environ 5 GW de disponibilité nucléaire en pointe a provoqué des pointes tarifaires très élevées.
Conséquences pour consommateurs et opérateurs
Pour les particuliers et petites entreprises soumis aux tarifs indexés ou à des mécanismes de délestage, ces variations se traduisent par des épisodes de facture sensiblement plus lourde lors des pics. Pour les acteurs industriels et les agrégateurs, la dégradation du profil prix augmente l’intérêt économique des solutions de flexibilité : délestage, storage et pilotage de la demande deviennent plus rentables lorsque l’écart entre creux et pointe augmente.
Stockage : une opportunité valorisée
Les conditions de juin ont dopé la profitabilité du stockage. Le passage au pas de temps de 15 minutes a permis aux opérateurs de capter en moyenne +13% de revenus supplémentaires sur le marché spot, soit +25% par rapport à juin 2025. Sur l’échantillon étudié, une batterie de 1 MW/2 MWh a vu ses revenus cumulatifs en day‑ahead progresser de 32% par rapport à 2025 et de 127% par rapport à 2024. En moyenne, cette batterie s’est chargée à 18 €/MWh et déchargée à 131 €/MWh, avec environ 1,2 cycle par jour.
Enjeux et perspectives
Cette recrudescence des extrêmes de prix interroge la résilience du système électrique français alors que la part des énergies variables augmente. Deux enseignements se dégagent : d’une part, la montée en puissance du solaire accentue les creux en milieu de journée ; d’autre part, la vulnérabilité à des aléas (canicule, indisponibilités nucléaires) creuse les pointes du soir. À court terme, les opérateurs de stockage et les mécanismes de gestion de la demande peuvent atténuer les tensions. À moyen terme, l’adaptation du parc de production et des marchés (flexibilité, interconnexions, révision des signaux prix) sera déterminante pour limiter l’impact sur la facture finale et sécuriser l’approvisionnement.
- Pic observé : 313 €/MWh (24 juin)
- Spread moyen en juin : 139 €/MWh
- Rendement économique notable pour le stockage (batterie 1 MW/2 MWh)