Une image virale reprise sur le réseau X prétend que « la France produit son électricité nucléaire à 49 euros, la vend à 42 euros et la rachète à 397 euros ». Ce trio de chiffres circule comme un « scandale » mais ne reflète pas l'état actuel des coûts et des dispositifs tarifaires français.
« La France produit son électricité nucléaire à 49 euros, la vend à 42 euros et la rachète à 397 euros. »
Des chiffres sortis de leur contexte
Le premier montant, 49 euros, renvoie à une estimation historique : il s'agit du coût de production nucléaire calculé en 2010 selon la méthode du coût courant économique. Plus précisément, le chiffre exact cité dans le rapport de la Cour des comptes de 2014 est 49,5 €/MWh. Ce repère historique ne rend pas compte des évolutions ultérieures : investissements, coût des combustibles, hausse des coûts opérationnels et inflation sont intervenus depuis.
Le coût retenu aujourd'hui
Pour la période 2026-2028, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a fixé un coût de production du parc nucléaire à 60,3 €/MWh. Ce chiffre reflète une méthode et une actualisation réglementaire différentes de celles utilisées il y a quinze ans et constitue la référence la plus récente mentionnée publiquement par les autorités de régulation.
Le prix de vente de 42 € et la fin de l'ARENH
Le visuel évoque aussi un prix de vente à 42 €/MWh. Ce montant correspondait au tarif plafond prévu dans le mécanisme ARENH (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique), qui permettait à certains fournisseurs alternatifs d'acheter une partie de la production nucléaire historique à un prix encadré. Mais ce dispositif a pris fin le 31 décembre 2025 : son souvenir ne vaut pas pour les conditions actuelles de marché et de contractualisation.
Le chiffre de 397 € : un élément sans source récente
Enfin, l'affirmation selon laquelle la France rachèterait l'électricité à 397 €/MWh est avancée sans précision ni référence vérifiable dans le document partagé. Le recours à un tel chiffre, isolé et spectaculaire, alimente la défiance sans apporter de preuve établie. Les mécanismes contemporains de prix et d'approvisionnement, incluant contrats long terme, marchés spot et interventions publiques, sont plus complexes et contextuels que ce que suggère l'image virale.
Pourquoi cela compte pour le consommateur
Comprendre la distinction entre coût de production, prix contractuels historiques et prix de marché est essentiel : ce sont ces paramètres qui influencent la facture finale et les décisions publiques (tarifications, soutien aux fournisseurs, régulation). Un coût de production actualisé à 60,3 €/MWh n'implique pas mécaniquement un prix de vente identique pour tous les consommateurs, ni un bénéfice univoque pour un acteur donné.
- 49,5 €/MWh : estimation ancienne (2010) citée dans un rapport de 2014.
- 60,3 €/MWh : coût de production retenu par la CRE pour 2026-2028.
- 42 €/MWh : prix plafond lié à l'ARENH, mécanisme arrêté au 31/12/2025.
| Référence | Chiffre (€ / MWh) | Observation |
|---|---|---|
| Cour des comptes (rapport 2014) | 49,5 | Coût courant économique en 2010 |
| CRE (période 2026-2028) | 60,3 | Coût de production actualisé retenu pour la période |
La diffusion de visuels simplistes sur des sujets techniques détourne le débat public. Pour juger des impacts sur la facture des ménages ou sur la soutenabilité financière des fournisseurs, il faut s'appuyer sur des références publiques actualisées (rapports de la CRE, données d'EDF, analyses de la Cour des comptes) et intégrer les mécanismes de marché qui déterminent les prix à l'instant T.
Pour le lecteur : face à un chiffre spectaculaire partagé sur les réseaux, la prudence s'impose. Vérifier la date, la méthode de calcul et la source permet d'éviter de confondre une donnée historique ou un tarif réglementaire ancien avec la réalité économique actuelle.