Quand l'architecture remplace la clim
Livré en mars, le programme « Jardins Secrets » à Montpellier montre que l'on peut concevoir des logements qui se passent de systèmes de refroidissement énergivores. Composé de plusieurs bâtiments — Théia pour Bouygues Immobilier (75 logements) et Opale & Sens pour Vestia Groupe (38 logements) — l'ensemble totalise 113 logements pensés selon les principes de la RE2020 et de l'architecture bioclimatique.
Plutôt que d'ajouter une climatisation individuelle dans chaque logement, les concepteurs ont choisi d'agir sur la forme, l'orientation et la peau des façades. Les immeubles adoptent une silhouette ondulée : ces courbes ne sont pas de simples effets esthétiques mais des éléments fonctionnels qui créent des zones d'ombre et canalisent le vent marin. Une première peau, telle un moucharabieh blanc, précède la façade vitrée et limite l'impact du rayonnement solaire direct.
Techniques et gains mesurables
Sur le plan constructif, la distance entre la première peau et la façade porteuse atteint 3,50 m, créant un espace ventilé qui évite l'échauffement des parois vitrées. L'effet Venturi — accélération du vent dans les resserrements formés par les vagues de façade — favorise la ventilation naturelle des volumes. À l'intérieur de l'îlot, une mini-forêt plantée et des jardinières devant les séjours complètent le système en générant une évapotranspiration qui refroidit l'air ambiant.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Logements | 113 (75 + 38) |
| Distance façade double peau | 3,50 m |
| Plantes méditerranéennes | 15 000 |
| Gain de température annoncé | 3 à 5 °C |
Une réponse opérationnelle aux canicules
En période de fortes chaleurs, la question du recours massif à la climatisation revient systématiquement au cœur des discussions en copropriété. « Jardins Secrets » propose une alternative : dessiner le bâtiment à partir des données climatiques locales — vents dominants, ensoleillement, matériaux — pour que le bâtiment se rafraîchisse par lui-même. Le résultat attendu est une baisse de 3 à 5 °C selon les saisons, fournie par la combinaison d'ombres, de ventilation naturelle et de végétalisation.
Conséquences pour le marché et la construction
Ce type de projet a plusieurs implications concrètes pour les futurs acquéreurs et les professionnels :
- Charges énergétiques potentiellement réduites pour les occupants, grâce à une moindre utilisation de la climatisation.
- Conception réglementée : l'alignement sur la RE2020 montre que la performance environnementale devient un critère de projet, pas seulement un argument marketing.
- Maintenance différente : la double peau, la végétalisation et les éléments passifs demandent une gestion et un entretien adaptés, distincts de l'entretien d'unités de clim.
Vers une généralisation ?
Si « Jardins Secrets » marque une étape visible, sa reproductibilité dépendra de facteurs locaux (climat, coût du foncier, règlementation urbaine) et économiques (coût initial des solutions passives versus économies d'exploitation). Néanmoins, à mesure que les épisodes caniculaires se multiplient et que la réglementation pousse vers la sobriété énergétique, les savoir-faire démontrés ici — façades ventilées, formes qui protègent, végétalisation d'îlot — pourraient s'imposer dans les démarches de programmation et de maîtrise d'œuvre pour le logement collectif en France.
Concrètement pour un ménage : moins de dépenses d'électricité l'été, des logements qui conservent des températures supportables sans s'équiper massivement en climatisation, mais aussi des copropriétés devant intégrer des modes d'entretien nouveaux et des équipes techniques formées à ces systèmes passifs.