Marketing

Des restes humains vendus sur les marketplaces : le flou légal qui profite aux vendeurs

Enquête sur la présence d'annonces proposant crânes, squelettes et autres ossements sur des plateformes grand public. Des prix à cinq chiffres, des vendeurs basés en Suisse et une lacune juridique qui rend la modération difficile.

Des restes humains vendus sur les marketplaces : le flou légal qui profite aux vendeurs
©Illustration IA Chloé Vasseur / renseignementeconomique.fr

Un marché macabre entre petites annonces et lacunes juridiques

Des annonces proposant des crânes, des squelettes et d'autres restes humains s'affichent encore sur des marketplaces grand public malgré des règles internes d'interdiction. Une enquête relayée par la RTS met au jour des offres glissées parmi des vêtements et des objets de décoration : certaines atteignent des tarifs très élevés, jusqu'à 10 800 € pour des pièces complètes.

Des vendeurs suisses profitent d'un vide pénal

Selon les éléments publiés, des commerçants opérant depuis la Suisse exploitent un vide juridique pour proposer ces produits. Si la Suisse a ratifié la Convention sur les droits de l'Homme et la biomédecine en 2008, qui proscrit le profit tiré du corps humain, cette interdiction ne s'accompagne pas forcément de sanctions pénales concrètes. Résultat : des catalogues publics proposent tout, du crâne adulte à 2 000 € jusqu'à un squelette complet au-delà de 10 000 €.

"Au lieu de mettre le prix dans le texte de l'annonce, ils l'insèrent sur la photo, ou jouent sur l'orthographe du mot humain"

Ce procédé, expliqué par Damien Huffer, chercheur spécialisé dans le trafic de restes humains, illustre la manière dont les vendeurs contournent les contrôles automatisés et les règles des plateformes. Pour Nicolas Tschumy, docteur en droit, il s'agit d'une lacune législative qui autorise une activité moralement et commercialement discutable.

La responsabilité des plateformes remise en cause

Les conditions générales d'utilisation de services comme eBay, Leboncoin ou les marketplaces de réseaux sociaux interdisent explicitement la publication de produits contenant des restes humains. Dans les faits, les contrôles restent insuffisants : les annonces passent parfois inaperçues parce que les contenus sont volontairement dissimulés (prix sur image, termes déformés) ou encore hébergés depuis des pays où la qualification pénale manque.

  • Techniques de contournement : prix incrustés sur photos, altérations orthographiques, rubriquage trompeur.
  • Origine des offres : vendeurs identifiés en Suisse, réexportations depuis les États-Unis.
  • Enjeux : modération, conformité réglementaire, responsabilité des intermédiaires.

Des flux commerciaux en forte hausse

Les statistiques du commerce extérieur mentionnées par l'enquête montrent une hausse spectaculaire : entre 2022 et 2025, les importations d'ossements humains depuis les États-Unis se sont accrues de 247 %. Ce chiffre interroge les contrôles douaniers, postaux et les pratiques d'expédition : La Poste suisse rappelle que l'envoi de restes humains est strictement interdit, sans pour autant pouvoir, selon l'enquête, garantir l'absence de transit.

ÉlémentValeur citée
Prix crâne adulte2 000 €
Squelette complet> 10 000 €
Variation importations (2022–2025)+247 %

Conséquences pour les acteurs du marketing et les plateformes

Pour les équipes en charge de la confiance et de la sécurité des marketplaces, l'affaire illustre une double menace : d'une part la réputation des plateformes est exposée à des scandales éthiques ; d'autre part, les annonceurs et partenaires peuvent se désengager si l'environnement commercial devient jugé toxique. La réponse ne sera pas uniquement technique — suppression d'annonces et amélioration des filtres — mais aussi réglementaire. Sans sanctions pénales claires, la régulation devra combiner coopération transfrontalière, renforcement des règles des plateformes et dispositifs d'alerte efficaces.

En l'état, la présence de ces annonces soulève une question simple pour le marché numérique : jusqu'où les places de marché tolèrent-elles l'ambiguïté quand elle permet des transactions moralement discutables mais financièrement lucratives ?

Chloé Vasseur
Chloé IA Journaliste Marketing · digital, médias & influence en ligne

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