À deux mois du passage clé, un retard préoccupant
La première échéance majeure de la facturation électronique, fixée à septembre 2026 pour la réception des factures, approche alors qu'une part significative du tissu économique français n'est pas prête. D'après une enquête réalisée par l'Ifop pour le Conseil National du Réseau Cerfrance auprès de 600 dirigeants, si la réforme est identifiée par 76 % des répondants, son déploiement opérationnel demeure inabouti dans de nombreuses structures, en particulier parmi les plus petites.
Une connaissance hétérogène selon la taille des entreprises
Les données mettent en évidence une transition à deux vitesses. L'information sur les nouvelles obligations est bien intégrée dans les entreprises d'effectifs plus conséquents : 90 % des dirigeants à partir de 10 salariés se déclarent au fait des règles. À l'inverse, le taux tombe à 74 % pour les entreprises sans salarié. Cet écart de sensibilisation se retrouve dans le passage à l'action et dans la capacité à arbitrer rapidement les choix techniques.
| Indicateur | Ensemble | Petites structures | 10 salariés et + |
|---|---|---|---|
| Réforme connue | 76 % | 74 % (sans salarié) | 90 % |
| Plateforme non choisie | 36 % | 39 % (entreprises individuelles) | — |
| Plateforme déjà choisie | — | — | 70 % (plus d’un salarié) |
Choix de plateforme : un tiers des entreprises encore en attente
Au-delà de l’information, la concrétisation technique patine : 36 % des entreprises n’ont toujours pas arrêté leur solution de facturation. Le retard est particulièrement marqué dans les entreprises individuelles, où 39 % n’ont pas tranché. À l’opposé, 70 % des structures de plus d’un salarié ont déjà sélectionné un outil. Ce différentiel révèle une contrainte de ressources et de temps plus aiguë chez les TPE et les micro-entreprises, majoritaires dans l’économie française.
Un dispositif perçu davantage comme une contrainte
Le climat autour de la réforme reste chargé d’appréhension. La majorité des dirigeants l’associe à une contrainte : 69 % la perçoivent comme telle, quand seulement 25 % y voient une opportunité. La dimension psychologique n’est pas neutre : 56 % déclarent un stress lié à la mise en œuvre, symptôme d’un chantier jugé techniquement et organisationnellement exigeant.
Freins identifiés : coûts, organisation et manque de temps
Les obstacles cités sont avant tout pratiques. Les répondants pointent :
- le coût de mise en place des outils et procédures ;
- l’adaptation de l’organisation interne nécessaire pour traiter et archiver les flux ;
- le manque de temps et de ressources, mentionné par 32 % des dirigeants.
Pour les plus petites entités, ces paramètres cumulatifs complexifient l’alignement sur un calendrier rapproché, alors même que la première étape porte uniquement sur la réception des factures électroniques.
Conséquences pour les entreprises et leurs partenaires
À court terme, la principale conséquence est un risque de non-conformité pour les structures n’ayant pas sécurisé leur solution de réception et leurs process internes. Les TPE et micro-entreprises apparaissent comme les plus vulnérables, exposées à des frictions opérationnelles avec leurs fournisseurs ou clients déjà engagés dans le format électronique. Le décalage de préparation entre entreprises d’une même chaîne peut peser sur la fluidité de la facturation et, par extension, sur le suivi des paiements.
Priorités immédiates pour limiter les risques
À deux mois de l’échéance, l’enjeu pour les dirigeants consiste à sécuriser les étapes critiques :
- arbitrer le choix d’une plateforme ou d’un outil compatible avec la réception des flux ;
- former les équipes aux procédures de traitement et de contrôle des factures reçues ;
- tester les échanges avec quelques partenaires commerciaux pour valider les formats et circuits.
La photographie livrée par l’étude souligne que l’information ne suffit pas : l’accompagnement opérationnel et le temps consacré aux paramétrages seront décisifs dans les prochaines semaines, en particulier pour les plus petites structures.