Un tour de table stratégique pour débloquer l'usine et accélérer le prototype
La conceptrice française de dirigeables de fret Flying Whales a finalisé une opération de financement de 90 millions d'euros impliquant notamment CMA CGM (via son fonds Pulse), l'État et la Société Générale. Cette injection de capitaux doit permettre à l'entreprise, créée en 2012 et qui compte environ 300 salariés, de poursuivre et d'achever les essais nécessaires au développement de son dirigeable cargo géant.
Le projet industriel entre dans une phase concrète : après des mois d'attente administrative, le démarrage des travaux de l'usine prévue à Laruscade (Gironde) est imminent — « une question de jours ou de semaines », selon les informations du dossier. Le site comprendra deux grandes halles, un bâtiment d'assemblage et des installations logistiques pour produire et opérer des aéronefs de très grande taille.
« Cette première phase est un vrai succès pour nous », a déclaré Vincent Guibout, directeur général de Flying Whales.
La levée a été organisée en plusieurs temps : initialement ciblée autour de 150 millions d'euros, l'opération a été scindée. Cette première tranche de 90 millions répond aux besoins immédiats — finalisation des essais et lancement du chantier — tandis qu'une seconde tranche de 60 millions est attendue d'ici la fin de 2027 pour financer la montée en puissance jusqu'au premier vol du prototype LCA60T, programmé pour la fin de 2028. L'entreprise envisage ensuite un financement par marché, via une introduction en Bourse.
Un projet à forte ambition et des questions sur le modèle
Le dirigeable LCA60T est pensé pour transporter jusqu'à 60 tonnes de charge utile. La flotte visée par Flying Whales repose sur des aéronefs de 200 mètres de long et 50 mètres de haut, destinés au transport de fret dans des zones difficilement accessibles par des infrastructures classiques. À terme, l'entreprise ambitionne non seulement de produire ces appareils, mais aussi de les exploiter commercialement.
- Montant levé : 90 M€ (phase 1)
- Investisseurs clés : CMA CGM, État, Société Générale, actionnaires historiques
- Effectif : ~300 salariés
- Objectifs : chantier d'usine imminent, premier vol du prototype fin 2028
Ce financement renforce également le rôle des actionnaires historiques — Région Nouvelle-Aquitaine, Bpifrance via le fonds French Tech Souveraineté de France 2030 — qui ont participé pour éviter une dilution excessive. Dans le contexte d'une année 2025 marquée par un recul des montants levés en France, la clôture intermédiaire montre une stratégie pragmatique : sécuriser des capitaux suffisants pour franchir des étapes clés tout en préparant une seconde phase de financement.
Conséquences industrielles et financières
La concrétisation du chantier en Gironde aura des implications locales et nationales : création d'emplois industriels qualifiés, relocalisation de capacités de production lourde et développement d'une filière niche autour des dirigeables de grande capacité. Financièrement, la perspective d'une introduction en Bourse pose des questions sur la valorisation et la trajectoire de croissance nécessaire pour convaincre les marchés après la mise en service des premiers appareils.
| Élément | Chiffre / échéance |
|---|---|
| Phase 1 levée | 90 M€ |
| Phase 2 attendue | 60 M€ (fin 2027) |
| Prototype | Premier vol prévu fin 2028 |
| Capacité du dirigeable | 60 tonnes |
| Effectif | ~300 salariés |
Reste à voir si le calendrier industriel tiendra : l'entreprise doit transformer ces promesses de financement en réalisations opérationnelles, sécuriser les chaînes d'approvisionnement et démontrer la viabilité économique d'un transport aérien lourd par dirigeable face à des solutions terrestres et maritimes déjà bien établies.
La mobilisation d'un grand armateur comme CMA CGM illustre l'intérêt des acteurs logistiques pour des solutions alternatives, notamment pour desservir des zones isolées ou réduire l'empreinte carbone sur certaines routes. Pour Flying Whales, il s'agit d'un pari industriel majeur : financer la montée en capacité, piloter une industrialisation lourde en France et convaincre clients et marchés de l'utilité économique de son concept.