Un plancher fiscal pour les très grands patrimoines
Le débat public sur la fiscalité des plus hauts patrimoines revient au premier plan avec la proposition communément appelée taxe Zucman. Le principe avancé est simple et ciblé : instituer un impôt plancher de 2 % sur la fortune nette des contribuables dont le patrimoine dépasse 100 millions d’euros. L’objectif affiché n’est pas de substituer les prélèvements existants, mais d’assurer un niveau minimal de contribution fiscale pour les très grandes fortunes.
Qui serait concerné et quel rendement ?
Les documents parlementaires cités dans le dossier évaluent le périmètre à l’ordre de 1 800 foyers fiscaux. Sur la base des estimations disponibles, un tel mécanisme pourrait générer entre 15 et 25 milliards d’euros par an. Ces chiffres résument la logique : corriger ce que ses partisans qualifient d’« anomalie » lorsque des patrimoines considérables parviennent, du fait de leur composition (actions, dividendes, holdings, actifs à l’étranger), à ramener leur impôt effectif en dessous d’un seuil jugé minimal.
Pourquoi ce dispositif ?
La proposition met en lumière deux constats documentés par les institutions publiques :
- les inégalités de patrimoine demeurent significativement plus prononcées que les inégalités de niveau de vie ;
- la fiscalité du capital est souvent moins contraignante que celle du travail, notamment lorsque la richesse prend la forme de produits financiers ou est logée hors de l’immobilier.
L’Insee relève par ailleurs que, malgré la redistribution, les inégalités de niveau de vie ont retrouvé en 2024 leur niveau le plus élevé depuis trente ans — un contexte que les promoteurs de la taxe Zucman mettent en avant pour justifier un mécanisme de plancher.
Portée limitée mais symbole fort
Le périmètre cité — environ 1 800 foyers — indique que la mesure vise une fraction extrêmement réduite des contribuables. La force symbolique du dispositif est cependant élevée : instaurer un taux minimum vise à empêcher que des montages juridiques et la prépondérance d’actifs financiers conduisent à des niveaux d’imposition très faibles pour des patrimoines colossaux.
Les questions techniques et politiques
Plusieurs interrogations pratiques restent à traiter : comment définir précisément la fortune nette (périmètre des actifs inclus, traitement des dettes), comment articuler le plancher avec les impôts existants (impôt sur la fortune immobilière, prélèvements sur revenus du capital), et quel sera le traitement des actifs étrangers. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rappelle également que la conception des systèmes fiscaux peut soit réduire, soit accroître les inégalités selon les choix opérés.
| Paramètre | Valeur citée |
|---|---|
| Taux du plancher | 2 % |
| Seuil de patrimoine | 100 millions d’euros |
| Foyers concernés (est.) | 1 800 |
| Recettes annuelles estimées | 15 à 25 milliards d’euros |
Conséquences attendues
Sur le plan budgétaire, le gain potentiel est non négligeable. Sur le plan politique et social, l’instauration d’un tel filet minimum serait présentée comme une réponse à la perception d’un déficit d’effort contributif des très hauts patrimoines. Mais la mesure soulèvera inévitablement des débats sur l’équité, la compétitivité et la portée extraterritoriale de l’assiette fiscale.
La discussion parlementaire devra trancher sur la définition technique du dispositif et sur sa compatibilité avec les règles existantes. En l’état, la taxe Zucman pose une question simple et polémique : faut-il garantir un niveau minimal d’imposition pour les patrimoines les plus élevés et, si oui, comment le définir sans créer d’effets de distorsion majeurs ?