Une nouvelle étape pour les paiements
La révolution du mobile money en Afrique subsaharienne n'est plus une promesse mais une réalité chiffrée : selon le rapport State of the Industry Report on Mobile Money 2025 de la GSMA, la région concentre aujourd'hui plus de 1,1 milliard de comptes mobile money, et l'Afrique de l'Ouest représente à elle seule près de 500 millions de ces comptes. Après quinze ans de croissance, l'heure n'est plus seulement à l'adoption mais à l'interopérabilité, afin que banques, fintechs et opérateurs puissent réellement échanger et régler entre eux.
Portée par la BCEAO, l'initiative concrète est la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), lancée le 30 septembre 2025. Son objectif : offrir une infrastructure commune disponible 24h/24 reliant banques, établissements de monnaie électronique, fintechs et, à terme, les institutions de microfinance.
Pourquoi l'interopérabilité change la donne
Le succès du mobile money a fait éclore des écosystèmes propriétaires. Chaque acteur a développé ses propres rails et son réseau d'agents, si bien que des transferts simples — d'un portefeuille mobile vers un compte bancaire, un paiement chez un commerçant rattaché à un autre réseau ou un règlement transfrontalier — restent souvent compliqués. La PI-SPI vise à mettre fin à ces silos.
- Inclusion financière : faciliter les transferts réduit les frictions pour les populations non bancarisées.
- Commerce régional : des paiements instantanés interopérables peuvent stimuler les échanges au sein de l'UEMOA.
- Modèles économiques : banques et fintechs devront repenser tarification, partenariats et chaîne de valeur.
Pour Papa Ousmane Diop, directeur du développement commercial d'InTouch Group, la première phase a été l'accès massif aux services numériques. La deuxième consiste à faire « communiquer » ces services entre eux. Cette bascule technique recèle une bataille plus vaste : qui monétisera les flux, quel rôle pour les opérateurs historiques et quel niveau de régulation accompagnera la convergence ?
Conséquences pour les acteurs
La PI-SPI peut réduire les coûts de transaction et augmenter la vitesse des paiements, mais elle bouleverse aussi les leviers de différenciation. Les acteurs qui misent sur la captive clientèle et les écosystèmes fermés verront leur avantage compétitif soumis à rude épreuve. À l'inverse, les plateformes agnostiques ou les intermédiateurs techniques capables d'orchestrer les flux pourraient capter une valeur significative.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Comptes mobile money (Afrique subsaharienne) | 1,1 milliard |
| Comptes en Afrique de l'Ouest | ~500 millions |
| Lancement de la PI-SPI | 30 septembre 2025 |
Sur le plan réglementaire, la BCEAO se positionne comme coordinateur régional : son rôle est clé pour arbitrer les standards techniques, la sécurité et la gouvernance des flux. Les fintechs panafricaines, les banques et les opérateurs de télécoms devront négocier l'accès, les frais d'interconnexion et la gouvernance de la plateforme.
Au final, si l'interopérabilité tient ses promesses, l'Afrique de l'Ouest pourrait transformer un succès d'adoption en un véritable marché intégré de paiements instantanés — avec des gains pour les consommateurs, les commerçants et l'économie régionale. Reste à observer qui prendra la main sur les nouvelles captures de valeur et comment les modèles économiques évolueront face à une infrastructure commune.