Une accumulation d'avoirs qui interroge
Les comptes publiés par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) montrent une hausse spectaculaire des avoirs extérieurs nets qu'elle centralise au titre de l'Union économique et monétaire ouest‑africaine (UEMOA). Entre fin avril 2024 et fin avril 2025, ces avoirs sont passés de 2 045,7 milliards de FCFA à 7 468,5 milliards de FCFA, soit une progression équivalente à +5 422,8 milliards de FCFA et une hausse de 265 % selon les données citées par les sources consultées.
« C'est un chiffre qui interpelle par son ampleur. »
Cette montée en charge s'accompagne, à partir de 2024, d'une évolution réglementaire : la BCEAO est devenue l'interlocuteur obligé pour la déclaration et la centralisation des devises issues d'opérations transfrontalières et d'investissements étrangers dans les États membres. Le dispositif a été complété par la création, dans chaque pays, d'un comité national de suivi du rapatriement des recettes d'exportation, qui confère des pouvoirs accrus aux structures locales de la BCEAO pour encadrer les flux en devises.
Quel mécanisme ?
Selon le récit factuel des sources, les montants reçus par les exportateurs et les investisseurs étrangers doivent désormais être déclarés et transférés via des procédures centralisées. En pratique, cela signifie que les devises dues aux résidents de l'UEMOA sont enregistrées et conservées dans les livres de la banque centrale régionale avant toute restitution ou sortie. Ce changement de règle a contribué à l'augmentation rapide des avoirs extérieurs nets.
Conséquences pour les États et les opérateurs
- Pression sur la trésorerie publique : pour des pays confrontés à des besoins de financement immédiats (service de la dette, déficit budgétaire), une centralisation stricte des devises peut compliquer le refinancement à court terme.
- Flux d'investissement et confiance : l'obligation de déclarer et de transférer les entrées de capitaux peut rebuter certains investisseurs, selon des acteurs économiques qui redoutent des contraintes opérationnelles ou des délais de rapatriement.
- Capacité d'intervention de la BCEAO : en accumulant des réserves, la banque centrale renforce sa marge de manœuvre face aux chocs externes, mais le bénéfice macroéconomique dépendra de l'utilisation effective de ces réserves pour stabiliser les taux de change et soutenir les économies membres.
Un contexte de désaccord avec les institutions internationales
Sur fond de négociations avec le Fonds monétaire international, certains pays de l'UEMOA font face à des recommandations de rééchelonnement de dette et de réduction des subventions à la consommation. Dans ce contexte, la stratégie de thésaurisation mise en avant par la BCEAO paraît, pour des observateurs nationaux et certains gouvernements, déconnectée des besoins de soutien budgétaire immédiats.
Enjeux pour la France et les relations économiques
La centralisation des réserves de change dans l'espace BCEAO modifie le paysage des relations financières entre l'UEMOA et ses partenaires, dont la France. L'évolution administrative et opérationnelle des flux de devises peut affecter les entreprises françaises présentes dans la région, la circulation des recettes d'exportation et les conditions de financement souverain. La question centrale reste la même : comment concilier la constitution de coussins de sécurité macroéconomique et le besoin d'un accès fluide aux devises pour soutenir l'activité économique et les budgets publics ?
Points de vigilance
- La gouvernance et la transparence de l'utilisation de ces réserves détermineront l'impact réel sur l'économie régionale.
- Les modalités pratiques de restitution des devises aux résidents et investisseurs seront déterminantes pour le climat des affaires.
- Les arbitrages entre stabilité monétaire régionale et besoins budgétaires nationaux sont susceptibles d'alimenter des tensions politiques et de politiques publiques.
Ces développements appellent un suivi rapproché : la gestion des avoirs extérieurs et les règles imposées aux États membres vont influencer les trajectoires économiques de l'UEMOA et les relations commerciales et financières avec l'extérieur dans les mois à venir.