La diffusion imminente des résultats financiers des grandes entreprises des pays du Golfe prendra, pour les investisseurs et les décideurs, la valeur d’un test de réalité économique après quatre mois de conflit en Iran. Les publications du deuxième trimestre permettront de distinguer les gagnants des perdants en fonction des secteurs et de la situation géographique.
Des secteurs inégalement affectés
Les éléments disponibles jusqu'ici suggèrent une résistance relative pour les télécommunications et une vulnérabilité marquée pour le secteur bancaire et l'immobilier. Les opérateurs télécoms bénéficient souvent de contrats à long terme et d'une demande peu élastique, une combinaison qui a limité l'impact du conflit sur leurs revenus. À l'inverse, banques et promoteurs font face à une conjoncture détériorée : l'inflation et la hausse des taux, déjà présentes avant la crise, ont été exacerbées par les tensions régionales.
- Énergie : perturbations d'approvisionnement mais opportunités liées à la volatilité des prix.
- Télécommunications : résilience appuyée sur des revenus récurrents.
- Banque et immobilier : secteur le plus exposé aux dégâts macroéconomiques.
La géographie comme facteur de résilience
Le degré de dépendance au détroit d'Ormuz apparaît comme un facteur clé. Les routes maritimes affectées et les risques de blocage pèsent différemment selon les façades côtières des États du Golfe. Les pays disposant d'alternatives d'exportation (terminaux sur la mer Rouge, par exemple) ou situés hors des axes les plus menacés semblent mieux armés pour amortir le choc.
| Pays | Point notable |
|---|---|
| Arabie saoudite | Terminals sur la mer Rouge ; croissance prévue à 2,1 % (HSBC) |
| Oman | Indice boursier performant ; position hors détroit d'Ormuz |
| Émirats, Qatar, Koweït | Exposition variable selon l'orientation des infrastructures maritimes |
« Le deuxième trimestre va révéler l’impact réel de la guerre », a déclaré Tariq Qaqish, directeur général adjoint du cabinet de conseil FH Capital.
Cette anticipation renvoie à deux réalités : d'une part, les premiers chiffres du premier trimestre n'avaient saisi qu'un choc initial, surtout sur le tourisme et l'aviation ; d'autre part, la persistance du conflit rend possible une amplification ou une atténuation des tendances selon l'évolution des prix de l'énergie et des flux maritimes.
Conséquences pour les entreprises, salariés et clients
Pour les entreprises du Golfe, les résultats trimestriels détermineront l'orientation des politiques d'investissement et de dividendes. Un trimestre fortement dégradé pourrait conduire à des ajustements de coûts, des reports de projets immobiliers ou industriels, et des révisions de notation pour des établissements financiers. Pour les salariés, les secteurs immobiliers et bancaires pourraient connaître des plans de restructuration ou un gel des recrutements ; les télécoms et certaines activités liées à l'énergie pourraient, en revanche, préserver l'emploi.
Du côté des clients — entreprises locales ou partenaires internationaux —, la volatilité des prix et les risques logistiques impliquent une réévaluation des chaînes d'approvisionnement, des contrats d'approvisionnement en hydrocarbures et des couvertures contre le risque pays. Les entreprises françaises exposées au Golfe surveilleront de près ces publications pour ajuster leurs positions commerciales et de change.
Au final, la prochaine fournée de comptes trimestriels servira de clé de lecture : elle confirmera si le conflit est déjà en train de produire un choc durable sur la croissance régionale ou s'il reste pour l'heure un facteur perturbateur à court terme, avec des effets très différenciés selon les secteurs et les localisations.