Un gâchis d’énergie propre aux conséquences globales
La Chine, premier producteur mondial d’équipements solaires, a rejetté 360 TWh d’électricité d’origine renouvelable au cours du premier semestre clos en juin, soit une progression de 49 % par rapport à la même période l’année précédente, selon une étude conjointe de Global Energy Monitor et du Center for Research on Energy and Clean Air. Pour donner un ordre de grandeur, ce volume est jugé suffisant pour alimenter le Mexique pendant un an.
Ce phénomène d’écrêtement — coupure préventive ou contrainte de la production solaire et éolienne lorsqu’un réseau ne peut plus absorber d’électricité supplémentaire — n’est pas décrit comme un problème passager mais comme une contrainte structurelle. Les infrastructures de transport et de distribution n’arrivent pas à suivre le rythme du déploiement des capacités renouvelables, tandis que des contrats garantissant la combustion de charbon fraîchement construit réduisent la marge de manœuvre pour absorber la production variable.
« L'écrêtement en Chine est structurel, il ne s'agit pas d'un goulot d'étranglement temporaire. Nous prévoyons que la pression sur les réseaux se maintiendra jusqu'à la fin de la décennie », a déclaré Yuan Ren, analyste chez Wood Mackenzie.
Impacts économiques et sur les investissements
Conséquence immédiate : la confiance des investisseurs se détériore. La combinaison d’un écrêtement massif et de la suppression d’un tarif d’achat garanti pour le solaire a entraîné une contraction marquée des nouvelles installations — une chute de 66 % des capacités solaires mises en service signalée pour l’année. À court terme, cela favorise également un recours accru au charbon : la production thermique devrait repartir à la hausse, inversant la première baisse décennale constatée récemment.
- 360 TWh : volume d’électricité propre rejetée (janv.-juin).
- +49 % : augmentation annuelle de l’écrêtement.
- -66 % : baisse des nouvelles installations solaires liée aux conditions de marché et aux politiques de soutien.
Conséquences pour la France et les marchés mondiaux
Pour les consommateurs français, l’impact n’est pas immédiat en kWh mais passe par deux canaux : d’une part, un ralentissement chinois du marché solaire peut peser sur les prix des panneaux et donc retarder des projets, et d’autre part, la résurgence du charbon en Chine exerce une pression à la hausse sur les cours internationaux de l’énergie et sur les trajectoires d’émissions. Les importations de matières premières, les décisions d’investissement des industriels et la stratégie européenne de renforcement des réseaux sont concernés.
Vers quelles réponses ?
Les analystes pointent deux leviers : renforcer massivement les infrastructures de transport d’électricité (lignes à haute tension, interconnexions) et adapter les mécanismes de marché pour mieux valoriser la flexibilité (stockage, effacements, contrats à la demande). Sans ces évolutions, le risque est double : un ralentissement du déploiement des renouvelables et une reprise de la consommation de charbon, contrariant les objectifs climatiques.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Énergie renouvelable rejetée (janv.-juin) | 360 TWh |
| Variation annuelle | +49 % |
| Baisse des nouvelles installations solaires | -66 % |
La situation chinoise offre un avertissement clair : accélérer la capacité installée sans moderniser simultanément les réseaux et les mécanismes de flexibilité conduit à du gaspillage et à des retournements de tendance potentiellement dommageables pour le climat. Pour la France et l’Union européenne, l’enjeu est donc de dimensionner les investissements réseaux et d’encourager les solutions de stockage et de flexibilité avant que des effets de contagion sur les marchés et la politique industrielle ne se fassent sentir.