Un impact ponctuel, insuffisant pour inverser la tendance
La tenue de la Coupe du monde au Mexique — 13 des 104 matches disputés sur le sol national — a généré de l’activité à court terme mais n’a pas modifié la trajectoire macroéconomique du pays. Le produit intérieur brut a reculé au premier trimestre, et les experts jugent que l’événement n’a pas agi comme un catalyseur durable face à une conjoncture marquée par la faiblesse des investissements et les incertitudes entourant la révision de l’accord commercial nord-américain (ACEUM).
Humberto Calzada, économiste en chef chez Rankia, synthétise ce sentiment :
« La Coupe du monde ne changera pas structurellement la trajectoire de l’économie mexicaine »
Des chiffres qui relativisent la fête
Plusieurs estimations publiées après la compétition montrent un effet limité sur le PIB. Les banques et cabinets d’études ont révisé leurs calculs à la baisse :
- Banorte ramène sa contribution estimée de la Coupe du monde à 0,4%-0,5% du PIB, contre une prévision initiale pouvant atteindre 0,62%.
- Banamex chiffre l’impact global à 2 milliards de dollars, soit environ 0,1% du PIB mexicain.
- Deloitte estime la création de 100 000 emplois temporaires, un chiffre inférieur de 10% à sa précédente estimation.
| Source | Estimation |
|---|---|
| Banorte | 0,4%-0,5% du PIB (révision) |
| Banamex | 2 milliards $ (~0,1% du PIB) |
| Deloitte | 100 000 emplois temporaires (–10%) |
Des dépenses touristiques inégales et même en retrait
Les consommations ont d’abord été hétérogènes selon les villes hôtes. Mexico, Guadalajara et Monterrey n’ont pas tiré avantage de manière uniforme : de nombreux hôtels n’ont pas atteint les taux d’occupation espérés, et plusieurs restaurateurs rapportent des performances inférieures à une semaine habituelle en raison de manifestations locales et d’un remplissage décevant.
Les données de consommation fournies par BBVA illustrent ces disparités : l’indicateur global des ménages a reculé de 0,2% en juin par rapport à mai. Par secteur, les hôtels ont vu leurs recettes chuter de 10,5%, les restaurants de 4,9%, tandis que les loisirs ont enregistré une hausse de 16,5%. Ces chiffres montrent que l’effet événementiel s’est concentré sur les activités liées aux spectacles et divertissements, mais n’a pas compensé la baisse dans l’hébergement et la restauration.
Quelle portée pour la croissance annuelle ?
À plus large échelle, le gouvernement mexicain table sur une croissance comprise entre 1,8% et 2,8% pour l’année, alors que la majorité des analystes anticipent une progression plus faible, autour de 1,1%. Dans ce contexte, la contribution limitée de la Coupe du monde — mesurée à quelques dixièmes de point de PIB selon les estimations — apparaît insuffisante pour combler l’écart entre attentes officielles et prévisions privées.
Conséquences et enseignements
La parenthèse sportive a donc produit un supplément d’activité notable mais ponctuel et géographiquement concentré. Pour infléchir durablement la croissance, l’économie mexicaine aura besoin d’un redressement des investissements et d’une diminution des incertitudes commerciales, notamment autour de l’ACEUM. À défaut, les grands événements internationaux resteront plus des coups de projecteur que des leviers structurels de croissance.