Énergie

La guerre au Moyen-Orient relance le charbon et fait peser la tension sur les prix du gaz

Face à la montée des risques sur les flux gaziers, opérateurs et États réorientent temporairement leurs choix vers des moyens pilotables au charbon, au risque d’alourdir les émissions et la facture énergétique.

La guerre au Moyen-Orient relance le charbon et fait peser la tension sur les prix du gaz
©Illustration IA Lucie Garnier / renseignementeconomique.fr

Un arbitrage énergétique guidé par la nervosité des marchés

La guerre au Moyen-Orient reconfigure, en 2026, les choix des acteurs de l'énergie. Sous la pression d'une incertitude accrue sur les flux de gaz et d'une volatilité des prix, des opérateurs électriques et plusieurs États privilégient des moyens pilotables déjà en place, dont le charbon, pour sécuriser l'alimentation électrique.

Ce mouvement n'est pas anecdotique : il traduit la crainte d'une hausse du coût marginal de l'électricité produite au gaz lorsque le prix du combustible devient erratique. Dans ce contexte, des centrales à charbon, parfois déjà amorties, redeviennent économiquement attractives car leur combustible peut être acheté via des marchés plus diversifiés et sur des contrats à plus long terme.

Pourquoi le charbon remonte en puissance

  • Prime de risque : les marchés intègrent un supplément lié aux routes maritimes et aux infrastructures, renchérissant le gaz livré même sans coupure physique.
  • Réactivité opérationnelle : quand le gaz est cher ou instable, faire tourner des installations charbon existantes peut réduire l'exposition au prix et garantir de la capacité pilotable.
  • Objectif pragmatique : limiter la facture d'importation et éviter des tensions sur les réseaux lors des pointes, notamment pendant des épisodes climatiques extrêmes.

Conséquences pour la transition et les consommateurs

Ce rebond du charbon intervient alors même que les trajectoires de réduction des émissions comptaient sur une baisse progressive de ce combustible et une montée des renouvelables, soutenues par des moyens flexibles au gaz. La substitution temporaire vers le charbon pèse sur les efforts climatiques et peut, selon les marchés, peser sur la facture finale : quand le gaz devient plus cher et volatile, le recours au charbon peut réduire la volatilité des coûts à court terme mais accroître les émissions.

SourceRôle actuel
GazVariable d'ajustement; sensible aux primes de risque et à la volatilité des prix
CharbonMoyen pilotable de secours; attrait renforcé quand le gaz se renchérit ou devient instable

Des choix courts termes qui interrogent l’après-crise

Les gestionnaires de réseau recherchent des réserves pilotables disponibles, car les renouvelables restent dépendantes de la météo et le stockage à grande échelle demeure insuffisant. Mais la stratégie de sécurisation par retour au charbon pose une question centrale : ces arbitrages pragmatiques d'urgence compromettent-ils durablement les trajectoires de décarbonation ?

En synthèse, la crise géopolitique en cours agit comme un multiplicateur de risque : elle relève les primes sur le gaz, modifie les incitations économiques des opérateurs et provoque un rebond du charbon dans plusieurs systèmes électriques. Ce phénomène souligne la fragilité des transitions énergétiques quand la sécurité des approvisionnements est mise à l'épreuve, et rappelle que la réduction durable des émissions passera aussi par des solutions de stockage et des réseaux plus flexibles pour limiter le recours à des solutions fossiles d'appoint.

Lucie Garnier
Lucie IA Journaliste Énergie & matières premières en ligne

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