Un rapport récemment transmis à Matignon formule vingt-neuf recommandations pour massifier l’électrification des sites industriels existants en France. Porté par le député du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger avec l'appui de Sandrine Robert, ingénieure générale des mines, ce document se veut la déclinaison opérationnelle d’un objectif désormais présenté comme stratégique : faire de l’électricité bas carbone un moteur de relance industrielle et de souveraineté.
Un constat en chiffres
Le diagnostic posé par les auteurs s’appuie sur des ordres de grandeur éclairants : en 2025 la production d’électricité à faible émission a atteint 521,1 TWh, soit 95,2 % de la production métropolitaine, avec des exportations record de 90 TWh. En parallèle, le taux d’électrification de l’industrie reste à environ 37 %, ce qui représente près de 97 TWh consommés annuellement par les procédés industriels. Autrement dit, la France dispose d’une capacité électrique abondante que l’industrie peine encore à mobiliser.
Des freins à lever et des idées reçues à déconstruire
Le rapport cible des obstacles concrets : absence d’offres techniques massifiées pour la conversion de procédés, contraintes réglementaires, difficultés d’accès au financement et perception persistante d’une volatilité excessive du prix de l’électricité. Les auteurs s’emploient aussi à réfuter quelques idées reçues rencontrées sur le terrain, notamment l’argument d’une instabilité intrinsèque du prix de l’électricité. Ils soulignent que les prix français se sont détachés de ceux de plusieurs voisins, avec des écarts significatifs, et rappellent que la crise de 2022 résultait davantage d’un effondrement de la production nucléaire que d’une indexation sur le gaz.
« Produire en France avec l'énergie de France »
Priorités et leviers proposés
La logique du rapport est pragmatique : privilégier des solutions simples et déployables à grande échelle pour réduire les coûts d’entrée et accélérer les conversions. Parmi les axes mis en avant :
- standardiser et massifier les solutions techniques pour les conversions industrielles ;
- adapter les mécanismes de financement pour réduire le risque et la charge d’investissement initiale ;
- ouvrir des outils réglementaires et contractuels facilitant l’accès à l’électricité bas carbone pour les sites existants ;
- articuler ces mesures avec la programmation pluriannuelle de l’énergie et le plan d’électrification présenté par le gouvernement.
Enjeux stratégiques : souveraineté et compétitivité
Les auteurs placent la question sous un angle résolument géopolitique. La vulnérabilité mise en lumière par le blocage du détroit d'Ormuz a servi de déclencheur politique : l’électrification n’est plus seulement un levier de décarbonation, mais un instrument de sécurité d’approvisionnement et de maintien de la production nationale. Dans un contexte où les marges budgétaires pour des aides d’urgence se réduisent, l’économie doit pouvoir s’appuyer sur un approvisionnement électrique interne stable et compétitif.
Conséquences pour les entreprises et les consommateurs
Si les recommandations sont mises en œuvre, on peut attendre plusieurs effets en chaîne : baisse progressive des coûts opérationnels pour les industriels qui électrifient des procédés, résilience accrue face aux chocs sur les marchés des hydrocarbures, et potentiellement un impact sur les prix en aval si la compétitivité industrie-service s’en trouve renforcée. En revanche, la traduction concrète dépendra de la capacité des pouvoirs publics à combiner incitations financières, soutien à la standardisation et adaptation des règles de marché.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Production d'électricité bas carbone (2025) | 521,1 TWh |
| Part de la production métropolitaine | 95,2 % |
| Exportations | 90 TWh |
| Taux d'électrification de l'industrie | 37 % (~97 TWh) |
Le rapport Schellenberger vient compléter les orientations gouvernementales récentes, notamment la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie et le plan d'électrification dévoilé au printemps. Sa portée réelle dépendra désormais d'un arbitrage politique et budgétaire : convertir l'abondance électrique en un « avantage productif » exige des décisions rapides pour lever les verrous techniques, contractuels et financiers identifiés.