Un rebond soutenu mais conditionnel
Dans son document d'été 2026 consacré au Maroc, la Banque mondiale dessine un tableau contrasté : l'activité du Royaume a enregistré une progression notable, mais l'élan reste vulnérable à des chocs extérieurs et à des fragilités structurelles.
Le rapport indique que le PIB réel a augmenté de 4,9 % en 2025 et anticipe une croissance de 4,2 % pour 2026. Selon l'institution, les tensions régionales et la hausse des prix de l'énergie ont amputé la croissance d'environ 0,8 point ; sans ces facteurs, l'activité aurait pu se rapprocher de 5 %.
« la croissance devrait rester solide à 4,2% en 2026. Toutefois, des difficultés persistent : conflit au Moyen-Orient, sécheresses récurrentes ou défis structurels du marché du travail. »
Inflation, finances publiques et marché du travail
La Banque mondiale signale une inflation modérée à 0,8 % en 2025, mais prévient d'une remontée à 2,4 % en 2026 sous l'effet de la hausse des coûts des importations énergétiques et des engrais. Du côté des comptes publics, le déficit s'est réduit à 3,5 % du PIB et la dette publique se maintient autour de 67 % du PIB, des chiffres qui ont contribué au récent relèvement de la notation souveraine par S&P.
Sur l'emploi, le rapport souligne un gain net proche de 193 000 emplois en 2025, ramenant les effectifs à des niveaux antérieurs à la crise sanitaire et traduisant une urbanisation et une salarisation croissantes de la main-d'œuvre.
Numérisation : un angle mort pour la productivité
Le volet central de l'étude porte sur la transformation numérique. La Banque mondiale juge que, pour transformer la croissance actuelle en gains durables de productivité, le Maroc doit accélérer la numérisation de ses entreprises. Les lacunes en matière de connectivité et d'adoption des technologies au sein du tissu productif risquent d'éroder les gains attendus de la relance publique et des projets liés à la Coupe du Monde FIFA 2030.
Conséquences pour la France et les investisseurs
Pour les acteurs économiques français, plusieurs implications se dégagent :
- Opportunités d'investissement dans les infrastructures numériques et les services liés à la transition énergétique et à l'agro-industriel;
- Exposition aux prix de l'énergie et aux chocs géopolitiques, qui pèsent sur la compétitivité des échanges;
- Intérêt stratégique d'accompagner le renforcement des compétences et des chaînes de valeur locales pour soutenir la productivité.
Données clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Croissance réelle 2025 | 4,9 % |
| Prévision 2026 | 4,2 % |
| Impact du choc énergétique | -0,8 point |
| Inflation 2025 / 2026 | 0,8 % → 2,4 % |
| Déficit public | 3,5 % du PIB |
| Dette publique | ~67 % du PIB |
| Emplois nets créés 2025 | ~193 000 |
Le diagnostic livré par la Banque mondiale est nuancé : il reconnaît des avancées macroéconomiques récentes — relance de l'investissement public, reprise agricole, effets attendus des préparatifs du Mondial 2030 — tout en appelant à des réformes pour pérenniser la trajectoire. Sans une montée en gamme numérique des entreprises et des mesures pour amortir la dépendance aux importations énergétiques et aux aléas climatiques, les gains actuels risquent de rester fragiles.
Pour l'économie française, dont les liens commerciaux et financiers avec le Maroc sont significatifs, la feuille de route proposée par la Banque mondiale offre à la fois des pistes d'intervention et des signaux d'alerte quant aux risques qui pourraient peser sur les échanges et les investissements dans la région.