Un obstacle structurel à l'octroi de prêts
Le mode d'évaluation du risque bancaire pénalise nombre de petites entreprises : les banques privilégient des garanties tangibles et juridiquement claires — terrains, locaux, titres — alors que les actifs des PME prennent souvent la forme de machines louées, de stocks, de commandes ou de flux de trésorerie. Selon le Dr To Hoai Nam, vice-président permanent de l'Association vietnamienne des PME, ce décalage entre nature des actifs et critères de garantie est au cœur de la difficulté d'accès au crédit.
Propositions pour une évaluation adaptée aux PME
Pour rendre le financement plus accessible, trois leviers principaux sont avancés :
- Basculer l'évaluation vers les flux de trésorerie et la performance opérationnelle plutôt que sur les seules garanties physiques.
- Construire un écosystème de données partagé permettant la connexion entre administrations, établissements financiers et organismes, afin d'améliorer la qualité et l'efficacité des évaluations de solvabilité.
- Numériser le processus de demande et intégrer des solutions logicielles de gestion commerciale et financière pour produire des données exploitables par les banques.
Ce que ces mesures changeraient
Adopter une approche centrée sur les flux de trésorerie présente des effets concrets pour les acteurs :
- Pour les PME : meilleure reconnaissance de leur capacité réelle à générer des revenus et donc à rembourser, en particulier pour les entreprises familiales ou innovantes qui n'ont pas d'actifs classiques à nantir.
- Pour les banques : réduction des coûts d'information et prise de décision plus rapide si l'accès aux données est fluidifié, mais nécessité d'adapter modèles de notation et outils d'analyse.
- Pour l'économie : un circuit de financement plus inclusif peut accélérer la création d'emplois et soutenir la croissance des entreprises à fort potentiel.
| Proposition | Bénéfice attendu |
|---|---|
| Évaluer les flux de trésorerie | Meilleure adéquation entre risque crédit et capacité réelle de remboursement |
| Écosystème de données partagé | Réduction des coûts d'information et décisions plus rapides |
| Numérisation des demandes | Processus simplifié et traçabilité des pièces financières |
Contraintes et prérequis
La mise en œuvre exige plusieurs conditions : harmonisation des formats de données, renforcement des compétences analytiques des prêteurs, et évolution des règles prudentielles pour intégrer de nouveaux types de garanties économiques. Par ailleurs, la qualité comptable des PME doit être améliorée : beaucoup tiennent des comptes principalement pour l'impôt, sans les garanties de transparence attendues par les analystes de crédit.
Ces recommandations, formulées par des experts et des représentants du monde entrepreneurial, ne sont pas des solutions immédiates. Elles supposent un effort coordonné entre autorités, banques et acteurs privés pour créer les infrastructures numériques et juridiques nécessaires. Mais en ciblant la nature réelle des actifs des petites entreprises — flux et performance — plutôt que leur seule valeur patrimoniale, le crédit pourrait devenir plus inclusif et mieux adapté aux réalités contemporaines de l'économie.