Un progrès mesurable, des fragilités persistantes
La troisième édition de l’AUSIMètre 2026, publiée conjointement par PwC et l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc (AUSIM), conclut à une amélioration tangible de la maturité cybersécurité des entreprises marocaines, tout en soulignant des risques structurants qui pourraient freiner cette dynamique. L’index global atteint 56 %, marquant une progression d’un niveau «En développement» vers le palier «Défini». L’enquête a été menée auprès de 62 grandes entreprises et PME du Royaume.
Ces chiffres traduisent une meilleure structuration des pratiques : la gouvernance monte en puissance et les moyens budgétaires commencent à suivre. Mais derrière ces indicateurs se cache une nouvelle donne technologique — IA agentique, dépendance au cloud et pénurie de talents — qui redessine le paysage des risques cyber.
Gouvernance et budgets : des progrès concrets
Deux indicateurs clés mettent en lumière cette évolution : l’implication des directions générales dans les décisions cybersécurité atteint désormais 74 % (contre 55 % un an auparavant), signe d’un recentrage stratégique. Par ailleurs, 56 % des entreprises déclarent consacrer plus de 5 % de leur budget IT à la cybersécurité, un seuil fréquemment cité comme aligné sur les standards internationaux.
- Index global : 56 %
- Entreprises sondées : 62
- Implication des directions générales : 74 % (vs 55 % l’an passé)
- Entreprises dépensant >5 % du budget IT en cyber : 56 %
Risques émergents : IA, cloud, talents
Les auteurs du rapport mettent en garde contre l’intensification des menaces rendue possible par les technologies de 2026. L’IA «agentique» — soit des systèmes capables d’automatisation offensive à grande échelle — est identifiée comme facteur d’accélération des capacités d’attaque. La dépendance croissante aux services cloud expose par ailleurs les entreprises à des risques externes et de souveraineté. Enfin, le manque de profils qualifiés en cybersécurité reste un frein majeur à la mise en œuvre des défenses avancées.
«Face à la reconfiguration ultra-rapide des menaces par l’IA agentique et les tensions géopolitiques mondiales, la résilience n’est plus une option technique ; c’est un impératif stratégique non négociable pour la pérennité de notre tissu économique. L’AUSIMètre 2026 prouve que nos entreprises structurent enfin leur gouvernance, mais des défis de souveraineté et de talents persistent»,
écrit Mohamed Saad, président de l’AUSIM, dans les conclusions du baromètre.
«Nous sommes entrés au printemps 2026 dans une nouvelle ère où l’IA malveillante industrialise et accélère les capacités offensives à une vitesse inédite. Dans ce contexte, le Maroc fait face à une fracture…»,
ajoute Jamal Basrire, Associé PwC, Leader Cloud Transformation & Cyber France & Maghreb, pointant la rapidité d’évolution des menaces.
Ce que cela signifie pour les entreprises, les salariés et les clients
Pour les directions d’entreprise, l’AUSIMètre confirme qu’il faut maintenir l’effort de gouvernance et traduire l’engagement stratégique en capacités opérationnelles : recrutement et formation de profils spécialisés, renforcement des architectures cloud sécurisées, et adoption de dispositifs d’anticipation (threat intelligence, red teaming, surveillance IA). Les salariés concernés par la sécurité et l’IT devront monter en compétences ; les ressources humaines et la formation professionnelle deviennent des leviers critiques.
Pour les clients et partenaires, la tendance à l’augmentation des investissements cyber est rassurante : elle tend à réduire l’exposition aux incidents majeurs. En revanche, la dépendance aux fournisseurs cloud et aux chaînes d’outils IA signifie aussi que la confiance doit être activement gérée, via des clauses contractuelles, audits et exercices de continuité.
Quelles priorités pour la suite ?
L’AUSIMètre 2026 invite à trois priorités concrètes : renforcer la souveraineté numérique en limitant les risques liés aux dépendances externes ; développer massivement les compétences locales en cybersécurité ; et intégrer l’anticipation des menaces liées à l’IA dans les stratégies d’entreprise. Sans ces mesures, les progrès constatés pourraient être fragilisés par l’évolution rapide des capacités offensives numériques.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Index global de maturité | 56 % |
| Échantillon | 62 entreprises |
| Implication DG | 74 % (vs 55 %) |
| Entreprises dépensant >5 % du budget IT en cyber | 56 % |
Au terme de cette troisième édition, le constat est donc double : le Maroc avance sur la route de la structuration cyber, mais la trajectoire doit s’accélérer et se sécuriser face à des ruptures technologiques qui redéfinissent les règles du jeu.