Un appel au débat national sur le nucléaire au cœur d'une crise électrique
La Tunisie est, selon un expert du secteur, engagée dans une crise énergétique structurelle causée par un déséquilibre croissant entre l'offre et la demande d'électricité. Intervenant le 3 août 2026 sur Jawhara FM, l'ingénieur et spécialiste en énergie Fouad Ali a estimé que la situation pourrait se prolonger plusieurs années et que le pays doit anticiper l'évolution des besoins, notamment sous l'effet du développement des véhicules électriques et des centres de données.
Pour l'expert, la question du nucléaire n'est plus uniquement théorique : «Il faudra inévitablement ouvrir un débat national sérieux sur l’énergie nucléaire afin de garantir les besoins énergétiques du pays», a-t-il déclaré, appelant à une réflexion publique et politique sur les choix de long terme du mix électrique tunisien.
« Il faudra inévitablement ouvrir un débat national sérieux sur l’énergie nucléaire afin de garantir les besoins énergétiques du pays »
Des mesures d'urgence pour dégager de la capacité à court terme
Avant d'envisager une option nucléaire — lourde en investissements et en temps — l'expert préconise des actions immédiates pour améliorer le rendement du parc existant. Il propose notamment des opérations d'amélioration technique et des audits énergétiques visant à récupérer environ 10 % des capacités perdues pour des raisons climatiques. Concrètement, il chiffre ce gisement à 100 à 200 mégawatts, une marge de manœuvre non négligeable pour un réseau national en tension.
- Mesure technique : audits et interventions sur les installations pour récupérer 10 % de capacité.
- Mesure tarifaire : révision du système tarifaire de l'électricité pour mieux orienter la consommation.
- Incitations et régulation : mécanismes pour moduler la demande et favoriser l'efficacité.
- Sensibilisation : campagnes nationales financées par un fonds de transition énergétique.
Retour sur une planification abandonnée
Fouad Ali rappelle que, jusqu'en 2011, la Société tunisienne de l'électricité et du gaz (STEG) suivait une planification anticipative qui permettait d'équilibrer investissements et évolution de la demande. Selon lui, les transformations intervenues après 2011 ont fragilisé cette capacité d'anticipation, rendant d'autant plus nécessaires des décisions stratégiques pour les années à venir.
Conséquences et enjeux
La proposition d'ouvrir un débat national sur le nucléaire pose plusieurs enjeux concrets :
- Horizon temporel : la construction et la mise en service d'une capacité nucléaire prennent des années, voire des décennies.
- Coût et financement : besoins d'investissements élevés et modèles de financement publics/privés à définir.
- Sûreté et acceptabilité : questions réglementaires, de sécurité et d'acceptation sociale à traiter dans un cadre transparent.
| Point | Chiffre évoqué |
|---|---|
| Gisement technique identifié | 10 % des capacités perdues |
| Gain potentiel | 100–200 MW |
Face à une demande électrique transformée par les usages numériques et la mobilité électrique, l'appel à une réflexion nationale sur le nucléaire place la Tunisie devant des choix lourds de conséquences. À court terme, les mesures d'efficacité proposées peuvent offrir un répit — mais elles ne suppriment pas la nécessité d'une stratégie énergétique claire pour assurer la sécurité d'approvisionnement sur le long terme.