Un désalignement persistant entre taux officiel et taux parallèle
Le gouvernement burundais tarde à mettre en œuvre la recommandation du Fonds monétaire international visant à fusionner le taux de change officiel et celui du marché parallèle. L’explication, selon l’entretien cité, est moins économique que politique: l’unification provoquerait, à court terme, des effets jugés socialement et politiquement dangereux pour les autorités.
Les raisons du report
Plusieurs motifs structurels et politiques motivent la prudence de Bujumbura. D’abord, la crainte d’un choc inflationniste lié à un réajustement brutal de la monnaie nationale. Dans une économie où les importations de biens essentiels — carburant, médicaments, intrants agricoles — sont conséquentes, une dépréciation rapide du franc burundais ferait peser une hausse des prix à la consommation et menacerait la paix sociale, notamment en milieu urbain.
- Risque d’inflation importée : hausse généralisée des prix des produits dépendant des devises étrangères.
- Protection budgétaire : un taux officiel surévalué réduit le coût en monnaie nationale de certaines dépenses publiques (service de la dette, achats stratégiques, représentations).
- Symbolique de stabilité : défendre la valeur nominale de la monnaie est perçu par les autorités comme un marqueur de souveraineté.
- Rentes du rationnement : l’accès limité aux devises officielles crée des gains privés significatifs pour les bénéficiaires du taux subventionné.
Conséquences économiques et politiques
Supprimer le double marché des devises par une unification éliminerait ces rentes et affaiblirait des intérêts établis, générant des résistances internes. Par ailleurs, le maintien d’un taux artificiellement fort constitue une forme de soutien implicite aux comptes publics, en réduisant le coût de certaines dépenses libellées en devises. Le choix de différer la réforme apparaît donc comme un arbitrage politique : éviter un ajustement douloureux et préserver l’ordre social et fiscal immédiat plutôt que d’accepter un réalignement susceptible d’améliorer l’efficience à moyen terme.
Enjeux pour les bailleurs et perspectives
Pour les institutions internationales, l’unification est une condition classique d’assainissement macroéconomique et de transparence. Mais la mise en œuvre dépendra de la capacité des autorités à amortir l’impact social d’un ajustement et à compenser les perdants politiques de la réforme. Faute d’accompagnement crédible, le statu quo pourrait perdurer, maintenant des distorsions de marché et des risques latents pour la stabilité.
| Facteur | Effet attendu si unification |
|---|---|
| Craintes inflationnistes | Hausse des prix à court terme |
| Protection budgétaire | Coût public en monnaie nationale augmenté |
| Rentes du rationnement | Perte d’avantages pour certains acteurs |
La trajectoire future dépendra donc de l’équilibre que trouveront les autorités entre impératifs de stabilité sociale et contraintes d’une gestion macroéconomique plus orthodoxe. Les recommandations techniques du FMI se heurtent ainsi à des choix politiques que le seul ajustement du taux de change ne suffira pas à résoudre sans mesures d’accompagnement ciblées.