Un domaine bio de 28 hectares cessera son activité faute de reprise
Le domaine Rouge Garance, connu pour ses côtes‑du‑rhône bio et pour l'identité graphique conçue par Enki Bilal, vit sa dernière année. Les propriétaires, Bertrand et Claudie Cortellini, âgés respectivement de 71 et 67 ans, annoncent l'arrêt des vinifications pour 2026 et envisagent de mettre fin à la société en fin d'année 2026. Fondé il y a trente ans, le domaine s'arrête en l'absence d'une solution de transmission.
Créé avec l'appui de l'acteur Jean‑Louis Trintignant, copropriétaire et figure tutélaire du projet, Rouge Garance s'était distingué par une démarche bio sur 28 hectares et une esthétique célébrée par les amateurs de vin, de cinéma et de bande dessinée. Le nom même du domaine renvoie à une référence culturelle : « Garance » évoque la réplique de Marcel Carné via Jacques Prévert, alors que l'étiquette et l'oiseau emblématique proviennent d'une proposition d'Enki Bilal, lors d'une collaboration artistique liée au tournage du film Tykho Moon (1996).
« nous ne vinifierons pas cette année », indique Claudie Cortellini à Vitisphere, « nous pensons arrêter la société en fin d’année 2026 »
Une fermeture qui illustre un problème récurrent : la transmission des exploitations
Le cas de Rouge Garance illustre une difficulté structurelle : la reprise des exploitations viticoles par une nouvelle génération. Les exploitants, proches ou au‑delà de l'âge légal de départ à la retraite, peuvent se retrouver sans candidat pour reprendre l'ensemble des responsabilités techniques, financières et humaines. Ici, la décision des Cortellini n'est pas prise « sans hésitation », mais elle répond à une réalité pragmatique : absence de repreneur et fatigue face à un métier exigeant.
- Durée d'activité : 30 ans depuis la fondation.
- Surface : 28 hectares en Côtes‑du‑Rhône, conduits en agriculture biologique.
- Propriétaires : Bertrand (71 ans) et Claudie (67 ans) Cortellini.
- Calendrier : pas de vinification en 2026 ; arrêt de la société envisagé fin 2026.
Sur le plan œnologique, le domaine jouissait d'une reconnaissance critique. Des guides spécialistes ont salué des cuvées « équilibrées et précises », sans ajout de sulfites et axées sur la fraîcheur et la précision aromatique. Cette qualité technique et stylistique n'a cependant pas suffi à rendre la structure transmissible, en dépit de son ancrage culturel renforcé par la présence de personnalités du monde du cinéma et de la bande dessinée impliquées dès l'origine.
| Élément | Chiffre / indication |
|---|---|
| Années d'activité | 30 |
| Surface | 28 hectares (bio) |
| Âges des propriétaires | 71 et 67 ans |
| Situation 2026 | Pas de vinification prévue ; société stoppée en fin 2026 (envisagé) |
Conséquences locales et nationales
La disparition d'une exploitation de cette taille pose plusieurs questions : que deviennent les terres et les vignes ? Quel est l'impact sur l'emploi local et sur les débouchés commerciaux du terroir ? Au‑delà des conséquences immédiates, la fermeture alerte sur le besoin d'outils facilitant la reprise — appui financier, formations adaptées, accompagnement à la transmission associative ou coopérative — pour préserver le tissu viticole et les savoir‑faire.
Pour les consommateurs et les collectionneurs, la fin de Rouge Garance marquera la disparition d'une signature reconnue, associée à des pratiques culturales bio et à une histoire culturelle singulière. Pour l'ensemble du secteur, ce cas rappelle que la question des retraites et de la relève n'est pas seulement individuelle : elle a des effets durables sur le patrimoine agricole et culturel.
La décision officielle de dissolution reste soumise aux formalités juridiques et administratives. D'ici là, la trajectoire de Rouge Garance servira d'exemple et d'alerte sur les dispositifs à renforcer pour favoriser les transmissions et éviter la disparition d'exploitations ancrées dans le paysage viticole français.