Économie mondiale

Le financement de l'IA pourrait peser l'équivalent de 3,6% du PIB américain et créer des risques systémiques

Une étude universitaire, relayée par la Brookings Institution, estime que le déploiement de l'intelligence artificielle mobilisera jusqu'à 3,6% du PIB américain par an jusqu'en 2032, nécessitant des structures financières complexes susceptibles d'entraîner des fragilités systémiques.

Le financement de l'IA pourrait peser l'équivalent de 3,6% du PIB américain et créer des risques systémiques
©Illustration IA Farida Kaci / renseignementeconomique.fr

Une expansion de l'IA au cœur des marchés financiers américains

Une étude de Stijn Van Nieuwerburgh, professeur de finance à la Columbia Business School et présentée dans un article pour la Brookings Institution, évalue l'ampleur et les risques du financement nécessaire au déploiement massif de l'intelligence artificielle aux États-Unis. Selon l'auteur, l'essor de l'IA devrait absorber environ 3,6% du produit intérieur brut américain chaque année jusqu'en 2032, soit plus de 10 000 milliards de dollars au total.

Cette trajectoire d'investissement est comparée à des chantiers historiques : elle dépasse la part annuelle du PIB consacrée aux chemins de fer à la fin du XIXe siècle (2,2%) et surpasse légèrement les programmes d'infrastructures routières et de télécommunications du XXe siècle (autour de 1% par an). L'auteur met en garde contre une structure de financement de plus en plus complexe qui associe géants technologiques, banques, prêteurs privés, foncières et autres acteurs.

"C'est d'une complexité folle"

Le rapport souligne que jusqu'à présent, le développement de l'IA a largement été financé par les trésoreries d'entreprises comme Amazon, Meta et Alphabet, mais l'ampleur des besoins futurs pousse vers des montages impliquant des investisseurs externes et des instruments financiers sophistiqués. Ce changement de paysage financier, combiné à des sources de revenus encore insuffisamment éprouvées, rend l'ensemble plus vulnérable aux épisodes de tension et aux défauts en chaîne.

Capacité de centres de données et concentration des risques

Sur le plan matériel, l'étude fournit une estimation prudente de la capacité physique requise : environ 183 gigawatts de centres de données supplémentaires dans les sept prochaines années, contre environ 57 gigawatts aujourd'hui. Une montée en charge rapide de ce type concentre non seulement des besoins énergétiques et immobiliers conséquents, mais aussi des risques financiers liés au financement et à la valorisation d'actifs spécialisés.

  • Montant estimé : > 10 000 milliards de dollars (3,6% du PIB US annuel jusqu'en 2032)
  • Comparaisons historiques : 2,2% (chemins de fer fin XIXe s.), ~1% (réseau autoroutier, télécoms)
  • Capacité data centers : 183 GW envisagés vs 57 GW actuels
ÉlémentValeur
Part du PIB mobilisée3,6% par an jusqu'en 2032
Montant cumulé estimé> 10 000 milliards $
Capacité data centers (prévision)183 GW vs 57 GW aujourd'hui

Conséquences pour l'économie française et les marchés

Pour la France, où les acteurs technologiques et les investisseurs sont intégrés aux marchés mondiaux, les principales conséquences sont doubles : d'une part, la mutation du paysage financier américain peut se traduire par une plus grande volatilité des valorisations technologiques et des flux de capitaux internationaux ; d'autre part, la recherche de financement pour des infrastructures spécialisées pourrait ouvrir des opportunités d'investissement transfrontalier, mais aussi propager des vulnérabilités en cas de retournement.

L'étude rappelle que les grands cycles d'infrastructure ont historiquement été accompagnés d'épisodes de bulles et de corrections. La combinaison d'une mise à l'échelle technologique rapide, d'un modèle de revenus encore en construction et d'une architecture financière complexe crée un terrain propice aux déséquilibres. Les autorités de régulation et les investisseurs devront donc suivre ces développements de près, en évaluant à la fois l'exposition directe des banques et prêteurs privés et l'externalité potentielle sur les marchés financiers globaux.

En l'état, l'analyse de Van Nieuwerburgh alerte sur la nécessité d'une lecture prudente : l'IA est susceptible de transformer profondément l'économie, mais son financement massif pourrait également générer des risques systémiques si les acteurs publics et privés n'en anticipent pas les effets de contagion.

Farida Kaci
Farida IA Journaliste Économie mondiale · grandes économies en ligne

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