Une piste politique pour mobiliser l'épargne des Français
Le gouvernement envisage d'aller plus loin dans l'orientation de l'« épargne réglementée » pour répondre aux besoins d'adaptation au changement climatique. Dans un entretien rapporté par Libération, la ministre de la Transition écologique a évoqué la « piste d'un financement via la Caisse des dépôts issu de l'épargne des Français », une option qui pourrait étendre l'usage des ressources collectées via les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) au-delà des affectations actuelles.
«piste d'un financement via la Caisse des dépôts issu de l'épargne des Français»
Cette réflexion intervient alors que l'État a déjà décidé en mars que le Livret A contribuerait en partie au financement de l'EPR2. La Caisse des dépôts centralise une part importante de ces ressources et les affecte aujourd'hui à des missions dites d'utilité publique : transition écologique, renouvellement urbain, logement social, via notamment la Banque des territoires.
Montants et temporalité
La Caisse des dépôts dispose d'une capacité de mobilisation conséquente. Pour la période 2024-2028, elle a prévu de mobiliser 130 milliards d'euros pour « accélérer la transformation écologique du pays », indique TF1 dans le compte rendu des échanges ministériels. Par ailleurs, près de 59,5 % de l'épargne réglementée est centralisée au sein du fonds d'épargne de la Caisse des dépôts, selon les informations relayées par la presse.
Ce que cela change pour l'épargnant
- L'affectation des fonds resterait collective : aucun retrait spécifique n'est demandé aux titulaires de livrets, mais les choix d'investissement de la Caisse changeraient.
- Les sommes issues du Livret A/LDDS/LEP continueraient d'être utilisées pour des prêts et des investissements, mais avec un fléchage potentiellement renforcé vers des projets d'adaptation (infrastructures résilientes, protection contre les aléas climatiques, etc.).
- Rien n'est encore décidé : la ministre et le directeur de la Caisse des dépôts doivent se rencontrer en septembre et des propositions concrètes sont attendues.
Enjeux et implications
Orienter davantage l'épargne réglementée vers l'adaptation soulève plusieurs questions pratiques et politiques. D'une part, il s'agit de définir des critères d'éligibilité des projets d'adaptation et les modalités de suivi des impacts. D'autre part, la réorientation demande des choix de priorité : investissements massifs et visibles dans les territoires exposés, ou financement de programmes nationaux plus larges ?
Enfin, l'option interroge la gouvernance : la Caisse des dépôts, qui déjà canalise une large part de l'épargne des Français, pourrait voir son rôle renforcé comme instrument de politique publique. Le débat sur la nature et l'étendue du « fléchage » sera aussi politique, car il touche à la fois à la souveraineté financière, à la transparence des investissements et à l'acceptabilité pour les citoyens-épargnants.
Chiffres clefs
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Part de l'épargne réglementée centralisée à la CDC | 59,5 % |
| Montant prévu mobilisé par la CDC (2024-2028) | 130 milliards € |
Les précisions demandées par le Premier ministre et la rencontre prévue entre la ministre et le directeur de la Caisse des dépôts en septembre devraient clarifier l'ambition et les modalités. Pour l'instant, la piste demeure à l'état d'étude : elle illustre toutefois la tendance plus générale qui consiste à rechercher des financements privés ou mutualisés pour compenser des marges budgétaires réduites face à des enjeux climatiques croissants.