Un objectif de volumes presque atteint, affirme la Banque de France
La Banque de France indique qu'elle considère l'objectif de diffusion du Livret d'épargne populaire (LEP) comme « quasiment atteint ». Fixé à 12,5 millions de livrets à l'automne 2023, ce seuil visait à réorienter une partie de l'épargne des ménages vers un produit défiscalisé et réservé aux revenus modestes. Selon les derniers chiffres présentés en marge du rapport annuel sur l'épargne réglementée, le stock de LEP s'établissait à 12,3 millions fin avril.
Le niveau actuel marque une reprise par rapport aux creux constatés début des années 2020 : après un pic historique à 13,2 millions en 2008, le nombre de LEP avait reculé jusqu'à 6,9 millions en 2021 avant d'amorcer une remontée. La Banque de France souligne que la politique de soutien mise en oeuvre a porté ses fruits, même si l'institution estime qu'il n'est pas nécessaire de poursuivre des mesures de stimulation aussi intenses qu'auparavant.
« La politique de soutien au LEP a porté ses fruits », a souligné Emmanuel Moulin.
Des signaux positifs mais un risque de repli saisonnier
La progression observée cette année reste modeste : le total est passé de 12,1 millions fin décembre à 12,3 millions fin avril. Or, la hausse pourrait être en partie annulée par la campagne annuelle de fermeture des comptes par les banques, destinée à éliminer les titulaires ne respectant plus les conditions de ressources. La Banque de France estime que cette opération peut retirer facilement jusqu'à 200.000 livrets du stock, ce qui ramènerait le nombre global proche du niveau de début 2026.
Qui est éligible ? Des populations nombreuses mais pas toujours en capacité d'épargner
L'ouverture d'un LEP reste conditionnée aux revenus : pour une personne seule, le plafond du revenu fiscal de référence ne doit pas dépasser 23.028 euros en 2024, et il augmente avec les parts de quotient familial. Malgré cela, la Banque de France estime que le gisement potentiel est vaste : elle identifie plus de 19 millions de ménages comme clients potentiels, et jusqu'à 31 millions de personnes éligibles au regard des critères d'accès. En pratique, les limites proviennent surtout de la faible capacité d'épargne de ces publics.
- Gratuité : aucun frais d'ouverture ou de gestion pour le titulaire.
- Fiscalité : les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
- Liquidité : disponibilité immédiate des fonds.
Les banques peu mobilisées, un frein à la diffusion
Les établissements de dépôt jouent un rôle clé dans la promotion du LEP, mais la Banque de France note qu'ils ne mettent pas ce produit en avant. Dans les agences et sur les sites internet, le LEP n'est souvent pas mis en avant, ce qui limite les ouvertures volontaires. Autre facteur structurel : même si le LEP offre aujourd'hui la rémunération la plus attractive parmi les produits garantis, son plafond et ses conditions d'accès restreignent son adoption.
Tableau récapitulatif
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Objectif fixé (automne 2023) | 12,5 M |
| Nombre de LEP (fin avril) | 12,3 M |
| Nombre fin décembre | 12,1 M |
| Pic historique (2008) | 13,2 M |
| Creux (2021) | 6,9 M |
| Clients potentiels identifiés | 19 M |
| Personnes éligibles | 31 M |
| Plafond RFR pour une personne seule (2024) | 23.028 € |
| Impact potentiel campagne de fermeture | -200.000 livrets |
Au total, si l'objectif quantitatif semble en voie d'être atteint, plusieurs éléments rendent fragile la progression : la faible promotion par les banques, la nécessité d'une capacité d'épargne effective chez les ménages éligibles et l'effet mécanique des opérations de contrôle annuelles. Pour les décideurs publics, l'enjeu reste donc d'assurer que la hausse du nombre de LEP se traduise par un accès durable à une épargne rémunératrice et défiscalisée pour les foyers modestes, sans pour autant accroître artificiellement le stock par des mesures temporaires.