Tourisme et loyers : une connexion chiffrée qui pèse sur les ménages
Le boom des déplacements internationaux transforme les équilibres résidentiels : une étude croisant les volumes de passagers aériens et les progressions de loyers met en cause le poids du tourisme sur le budget des habitants. Dans plusieurs États européens, l'effet se mesure en euros par an et, pour quiconque paie un loyer, en quotidienneté financière — c'est-à-dire en mensualités réelles que l'on peut additionner au bulletin de salaire.
Les chercheurs établissent que la hausse annuelle moyenne des loyers attribuable aux flux touristiques atteint jusqu'à 342 € en Grèce depuis 2019. Convertie en mensualités, cela représente environ 28,50 € par mois supplémentaires pour un locataire. À l'échelle pratique, cette somme modifie le choix d'un logement : moins d'épargne, arbitrages sur la taille ou l'emplacement, voire départ des centres touristifiés.
Viennent ensuite, selon l'étude, des augmentations significatives dans d'autres pays :
- Espagne : + 236 € par an (~19,70 €/mois)
- Portugal : + 220 € par an (~18,30 €/mois)
- Italie : + 202 € par an (~16,80 €/mois)
| Pays | Augmentation annuelle liée au tourisme | Équivalent mensuel |
|---|---|---|
| Grèce | 342 € | 28,50 € |
| Espagne | 236 € | 19,70 € |
| Portugal | 220 € | 18,30 € |
| Italie | 202 € | 16,80 € |
| Irlande (projection 5 ans) | +251 € | 20,90 € |
Les auteurs nuancent l'interprétation : la hausse des loyers ne s'explique pas mécaniquement par la seule progression du coût de construction. Même si les prix du bâtiment ont grimpé d'environ 45 % dans l'UE sur la dernière décennie, la corrélation entre inflation des coûts de construction et inflation locative liée au tourisme apparaît faible dans les zones très fréquentées.
Le document souligne aussi que des politiques publiques influent sur l'ampleur de la hausse. En Espagne, des dispositifs étendus de contrôle des loyers semblent avoir atténué l'impact du tourisme ; en Italie, un parc immobilier important a contribué à amortir la tension sur les loyers. À l'inverse, l'Irlande pourrait connaître une augmentation en valeur absolue marquée au cours des cinq prochaines années, notamment si des projets d'extension d'infrastructures aéroportuaires, comme à Dublin, viennent encore densifier les flux de passagers.
Concrètement, pour un foyer, ces augmentations annualisées se traduisent par des efforts financiers supplémentaires : moins de marge de manœuvre pour l'épargne ou l'accès à la propriété, voire des départs hors des zones touristiques. Sur le plan urbain, la pression touristique redessine la demande — et donc les arbitrages des investisseurs — entre locations de courte durée et logements long terme.
Pour les décideurs, la leçon est double : l'aménagement des infrastructures (aéroports, transports) et la régulation du marché locatif pèsent autant que les coûts de construction sur la réalité des loyers. Les réponses politiques, qu'elles passent par des contrôles de loyers, des taxes sur la location de courte durée ou des stratégies d'extension du parc public, détermineront l'ampleur du compromis entre activité touristique et qualité de vie des habitants.