Un « nouvel état permanent » d'instabilité pour les chefs d'entreprise
Selon Virginie Calmels, présidente de CroissancePlus, les dirigeants français, en particulier ceux de PME et ETI, vivent désormais l'instabilité économique et politique comme une donnée structurelle. Dans une interview au JDD, elle s'appuie sur une enquête de son mouvement et d'OpinionWay pour dresser un constat net : une large part des entreprises n'a pas connu de période durablement stable au cours de la dernière décennie.
Des décisions différées et un coût mesurable
Cette précarité des repères a des conséquences tangibles sur l'activité : 65 % des dirigeants interrogés déclarent avoir suspendu des projets en attendant 2027. Autrement dit, une majorité d'entreprises met en pause des investissements, des recrutements ou des développements stratégiques en pariant sur un horizon politique plus clair. Le frein à l'investissement pèse directement sur la croissance potentielle et sur l'emploi à court et moyen terme.
Un moral en berne qui inquiète
Les chiffres rapportés par l'enquête illustrent aussi une dégradation du climat interne dans les entreprises : l'indicateur du moral des entrepreneurs, mesuré lors d'une grande consultation en mai 2026, affiche 55 points, niveau comparable au creux de la crise liée au Covid-19. Par ailleurs, 85 % des dirigeants disent ressentir un trouble physique ou psychologique en 2026 et 41 % évoquent un sentiment de découragement ou une perte de motivation.
« Je ne vois pas comment le taux de chômage pourrait baisser »
Cette phrase, rapportée dans l'entretien, résume l'inquiétude : lorsque les entreprises freinent leurs projets et renoncent à embaucher, l'amélioration du marché du travail devient difficile, malgré des signaux macroéconomiques parfois favorables.
Politiques publiques et tensions sur le coût du travail
Calmels met en regard des décisions récentes affectant le coût du travail : au 1er juin, le Smic a augmenté de 2,4 %, tandis que le gouvernement a annoncé le gel des allégements de charges. Pour de nombreux chefs d'entreprise, ce type de décisions prises en période d'incertitude accentue la pression sur les marges et alimente le questionnement sur le financement du régime social.
Conséquences macroéconomiques et besoins de clarté
Le message envoyé par CroissancePlus est double : d'une part, l'instabilité coûte cher aux entreprises — en investissements, en emploi et en santé au travail ; d'autre part, les dirigeants attendent des candidats à la présidentielle plus de clarté sur les choix fiscaux et de stabilité réglementaire. À l'approche d'échéances politiques majeures, cette demande de visibilité peut peser sur les calendriers d'investissement et sur la trajectoire de la croissance nationale.
Tableau synthétique des principaux indicateurs cités
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Entreprises n'ayant pas connu de période pérenne (10 ans) | 1 sur 2 |
| Dirigeants ayant suspendu des projets | 65 % |
| Indice du moral des entrepreneurs (mai 2026) | 55 points |
| Dirigeants souffrant de troubles physiques/psychologiques (2026) | 85 % |
| Dirigeants déclarant découragement/perte de motivation | 41 % |
| Hausse du Smic au 1er juin | 2,4 % |
- Impact concret : report d'investissements et d'embauches, fragile redressement de l'emploi.
- Effet social : détérioration du bien-être des dirigeants et, potentiellement, des salariés.
- Enjeu politique : les chefs d'entreprise réclament des signaux fiables sur la fiscalité et la régulation pour débloquer les projets.
À l'heure où les échéances électorales se rapprochent, le message porté par CroissancePlus résonne comme un appel à mettre la prévisibilité au cœur des débats économiques : sans horizon stable, nombre d'entreprises continueront de privilégier la prudence, au détriment de la reprise d'activité et de l'emploi.