Un repli des réserves et une flambée des cours à la veille de l’hiver
Les prix du gaz en Europe sont repartis à la hausse, atteignant début septembre leur niveau le plus élevé depuis janvier 2023. Le contrat de référence néerlandais TTF a bondi de 6,5% en début de séance, avant d'effacer une partie de ses gains, dans un mouvement qui intervient après une hausse cumulative de plus de 70% depuis le début juillet.
À l'origine de cette tension : la reprise des frappes entre États‑Unis et Iran, qui ravive les inquiétudes autour du détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport de pétrole et de gaz liquéfié (GNL). Ce regain d'instabilité intervient alors que l'Europe entre dans la période décisive de constitution de ses réserves pour l'hiver.
Des stocks européens insuffisants
Les stocks européens étaient remplis à environ 65% au début du mois de septembre, un niveau nettement inférieur aux moyennes saisonnières et parmi les plus faibles observés pour cette période depuis le début des séries disponibles. Pour remonter à des niveaux jugés plus sûrs, la branche estimative Montel considère qu'il faudrait importer plus de 140 cargaisons de GNL par mois en août, septembre et octobre pour atteindre environ 80% des capacités d'ici novembre. Le déficit identifié s'élève à environ 72 cargaisons.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Stocks européens (début septembre) | ~65% |
| Objectif pour novembre (selon Montel) | ~80% |
| Besoin estimé de GNL | 140 cargaisons/mois (août‑octobre) |
| Déficit estimé | ~72 cargaisons |
Une concurrence mondiale pour le GNL
La course au remplissage des réservoirs européens se heurte à la demande asiatique, qui se renforce et capte une part significative des cargaisons disponibles sur le marché spot. Les perturbations potentielles des flux via le détroit d'Ormuz réduisent encore les volumes accessibles, augmentant la probabilité que les prix restent élevés et que la course au GNL s'intensifie.
- Impact prix : une hausse persistante des cours gaziers peut se traduire par une pression à la hausse sur les factures domestiques et industrielles, surtout si l'hiver est rigoureux.
- Approvisionnement : la faible marge de manœuvre des stocks européens accroît la vulnérabilité aux chocs d'offre.
- Géopolitique : la stabilité du trafic dans le détroit d'Ormuz devient un facteur central pour les flux mondiaux de GNL et l'équilibre des marchés.
Conséquences pour la France
Sur le plan domestique, la France reste intégrée au marché européen ; une tension sur les cours continentaux pèse donc sur les prix nationaux du gaz. En revanche, l'impact sur les prix de l'électricité peut être plus limité selon la part du gaz dans la production. Reste que pour les consommateurs et les industries fortement exposés au prix du gaz, le scénario d'un hiver froid associé à des flux perturbés sur le détroit d'Ormuz augmenterait sensiblement la facture énergétique.
La situation rappelle la vulnérabilité déjà observée après 2022, lorsque la réduction des livraisons russes avait fortement tendu le marché gazier européen. À l'approche de l'hiver, la nécessité d'augmenter les importations de GNL et de diversifier les routes d'approvisionnement redevient une priorité stratégique pour limiter les effets d'un nouveau choc d'offre.