Une PME nivernaise passe à l'échelle
Losanje, start-up spécialisée dans l'upcycling textile, accélère son industrialisation après une deuxième levée de fonds de 6,7 millions d'euros. Installée fin 2025 dans une usine de 2 500 m² à Nevers (Nièvre), l'entreprise a confirmé en 2025 la validité de son procédé en produisant 170 000 pièces. Pour 2026, la direction vise « au moins 250 000 pièces », un objectif rendu possible par l'optimisation de ses machines et l'augmentation des capacités de production.
Quoi : un procédé mécanique pour désassembler et redécouper
Le cœur du modèle de Losanje repose sur une machine conçue pour automatiser un geste jusqu'ici essentiellement artisanal : le désassemblage de vêtements usagés — notamment des jeans — puis le découpage immédiat selon des patrons prédéfinis pour créer de nouvelles pièces (vestes, éléments de prêt-à-porter). L'entreprise revendique une position singulière en Europe en cherchant à industrialiser un processus habituellement fragmenté et manuel.
Pourquoi c'est important
- Écologie industrielle : le dispositif s'inscrit dans une logique d'économie circulaire, réduisant la nécessité de matières premières vierges et la quantité de déchets textiles.
- Compétitivité : l'enjeu est d'apporter une solution à prix industriel face à des pratiques d'upcycling artisanales souvent coûteuses.
- Échelle et emploi : la montée en cadence dans une unité de 2 500 m² et la levée de fonds doivent permettre d'augmenter la production, potentiellement créer des emplois industriels et structurer une filière locale.
Financement et ambitions industrielles
La levée de 6,7 M€ doit servir à optimiser les performances des machines — tant en vitesse qu'en fiabilité — et à accroître la cadence de la chaîne de production. Avec un process validé en 2025, l'étape suivante consiste à industrialiser la technologie pour atteindre des volumes qui rendent le modèle économiquement viable face aux vêtements neufs et aux circuits de recyclage traditionnels.
« On veut faire de l'économie circulaire à prix industriel »
Conséquences pour le secteur, les salariés et les clients
Pour le secteur textile, l'industrialisation du désassemblage et du découpage représente une réponse pragmatique à l'urgence de diminuer l'empreinte matérielle de la mode. Les acteurs de la chaîne — collecteurs, transformateurs, marques — pourraient tirer parti d'un approvisionnement local en pièces reconditionnées, réduisant les coûts logistiques et les émissions liées au transport.
Du côté des salariés, l'évolution du process entraîne un glissement des compétences : moins d'opérations manuelles répétitives, plus de maintenance, programmation et supervision des équipements. La montée en volume dans l'usine de Nevers laisse entrevoir des recrutements industriels, tout en imposant une formation adaptée aux nouvelles machines.
Pour les clients, l'intérêt est double : accéder à des produits issus de l'économie circulaire tout en bénéficiant d'un prix plus proche des standards industriels. Reste à valider sur la durée la robustesse du sourcing (approvisionnement en vêtements usagés de qualité) et la performance environnementale sur l'ensemble du cycle.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Surface de l'usine | 2 500 m² |
| Levée de fonds 2026 | 6,7 M€ |
| Production 2025 | 170 000 pièces |
| Objectif 2026 | ≥ 250 000 pièces |
Au-delà du cas Losanje, le succès de cette industrialisation peut servir de modèle pour d'autres segments du recyclage textile en France et en Europe. Si l'entreprise parvient à maintenir la qualité des pièces et à réduire les coûts unitaires, elle pourrait contribuer à structurer une filière rentable d'upcycling, aujourd'hui encore marginale face aux circuits de recyclage classiques et à la production neuve.
Les prochaines étapes à surveiller sont les gains d'efficience annoncés par l'optimisation des machines, l'évolution de la demande commerciale pour ces pièces reconditionnées et la capacité de Losanje à sécuriser un flux d'approvisionnement en textiles usagés adapté à sa montée en cadence.