Rationalisation inédite du secteur public
Le gouvernement indonésien a dévoilé vendredi une décision de vaste ampleur : fermer plus de 750 entreprises publiques d'ici au 31 décembre, a déclaré le président Prabowo Subianto dans son discours sur l'état de la nation. Cette mesure intervient après l'inventaire réalisé par le fonds souverain Danantara, créé l'an dernier pour gérer les actifs de l'État, qui a révélé l'existence de 1 074 entreprises publiques.
« Il y a beaucoup trop d’entreprises publiques improductives, toujours en train d’annoncer des pertes tout en prétendant faire des bénéfices. Ces bénéfices sont simplement inventés »
Jusqu'à présent, 290 de ces entités ont déjà été fermées. L'objectif affiché est d'en conserver moins de 300 d'ici la fin de l'année, ce qui implique la suppression de plus de 750 structures.
Quelles économies et quels objectifs ?
Le chef de l'État estime que la campagne de fermeture a déjà permis d'économiser environ 50 000 milliards de roupies (plus de 2,4 milliards d'euros) sur des coûts de fonctionnement — salaires des dirigeants, loyers, véhicules, frais de mission. L'objectif pour l'année est de dépasser 70 000 milliards de roupies d'économies.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Entreprises publiques identifiées | 1 074 |
| Déjà fermées | 290 |
| Visées pour fermeture | +750 |
| Entreprises à conserver (cible) | <300 |
| Économies réalisées (estimées) | 50 000 milliards IDR (~2,4 Mds €) |
Conséquences pour le secteur, les salariés et les marchés
Sur le plan économique, la manœuvre vise à réduire des coûts récurrents et à concentrer les actifs publics sur des activités « productives » générant une valeur ajoutée. Pour les finances publiques, la réduction du périmètre des entreprises étatiques peut améliorer l'efficience et alléger des charges budgétaires, à court terme via les économies citées, et potentiellement à plus long terme si les structures restantes sont recapitalisées et restructurées.
- Pour les salariés : risque de suppressions d'emplois et de mobilité forcée, selon les modalités de fermeture et les plans sociaux qui seront mis en place.
- Pour la gouvernance : annonce d'une possible création d'un tribunal spécial chargé d'enquêter sur les conseils d'administration « improductifs », signe d'une volonté de responsabiliser les dirigeants publics.
- Pour les marchés : signal fort d'assainissement qui peut rassurer les investisseurs, mais soulève des interrogations sur l'exécution opérationnelle et les coûts sociaux.
Un chantier complexe et risqué
La fermeture simultanée de centaines d'entités publiques constitue un exercice logistique, juridique et social majeur. Il faudra préciser les critères retenus pour juger de la « productivité » d'une entreprise, les modalités de liquidation ou de cession, ainsi que le traitement des créances, des actifs et du personnel. L'éventuelle mise en place d'un tribunal spécial marque une posture répressive visant à décourager ce que le président qualifie d'opacité et de gestion déficiente des conseils d'administration.
Au-delà de l'Indonésie, l'opération sera observée par d'autres pays qui cherchent à rationaliser leur parc d'entreprises publiques : le succès dépendra de la capacité de Jakarta à exécuter ces fermetures sans provoquer de désordre économique ou social majeur, et à transformer les actifs conservés en moteurs de croissance réels.