Un trimestre américain hors normes, dopé par quelques poids lourds
La saison des publications du deuxième trimestre révèle un contraste marqué entre les performances américaines et européennes. Aux États-Unis, près de 88% des composantes du S&P 500 ont déjà publié leurs comptes, et 86% d'entre elles ont annoncé des bénéfices par action supérieurs aux attentes, un niveau inédit depuis 2021. Les revenus affichent une progression généralisée et robuste : 76% des sociétés ont surpris positivement sur le chiffre d'affaires.
Ces chiffres traduisent une accélération des profits : la croissance bénéficiaire agrégée atteint 50,4%, bien au-delà des 23,1% anticipés fin juin. Ce bond reflète en partie des éléments comptables exceptionnels liés à de grandes capitalisations mais reste élevé même hors ces effets : en retirant Alphabet et Amazon des calculs, la hausse des bénéfices se situe à 32%.
Des revenus en nette reprise
Le rythme des ventes des entreprises américaines s'est également renforcé, avec une croissance agrégée de 15%, la plus rapide depuis 2021. Cette dynamique n'est pas cantonnée à quelques secteurs : tous les secteurs ont enregistré au minimum +5% de progression des revenus, et cinq secteurs affichent une croissance à deux chiffres.
- Diffusion» : la vigueur des revenus confirme une demande toujours présente pour les services et biens technologiques et industriels.
- Concentration : les géants du numérique pèsent significativement sur les agrégats via des plus-values financières.
- Persistance : la qualité des surprises suggère, pour l'heure, une résilience macroéconomique aux États-Unis.
En Europe, la progression est réelle mais hétérogène
Sur le Vieux Continent, où 74% des sociétés du Stoxx 600 ont publié, la hausse agrégée des bénéfices atteint 19,1%. Hors énergie, l'amélioration reste solide, comprise entre 11,5% et 12%. Les ventes progressent de 7,8%, la meilleure performance depuis 2022 et la première hausse nette après quatre trimestres de contraction.
Toutefois, ce tableau masque de grandes divergences sectorielles. L'énergie affiche une envolée exceptionnelle des profits, tandis que la consommation discrétionnaire subit un recul. Ces différences ont des implications directes pour les portefeuilles et la finance d'entreprise en Europe.
| Zone | Bénéfices (%) | Revenus (%) |
|---|---|---|
| États-Unis (S&P 500) | +50,4% (ou +32% hors Alphabet/Amazon) | +15% |
| Europe (Stoxx 600) | +19,1% (+11,5 à +12% hors énergie) | +7,8% |
Quelles conséquences pour les entreprises, les salariés et les investisseurs ?
Pour les entreprises françaises et européennes, ces résultats traduisent à la fois une opportunité et un avertissement. L'amélioration des marges et des ventes en Europe ouvre des marges de manœuvre pour l'investissement et la renégociation de dettes, mais les fortes différences sectorielles suggèrent que la reprise n'est pas universelle. Les groupes exportateurs et exposés aux technologies bénéficieront d'un contexte favorable, tandis que les entreprises centrées sur la consommation discrétionnaire restent vulnérables.
Du côté des marchés, la surperformance américaine renforce l'attractivité des valeurs américaines, notamment dans la tech. Les investisseurs doivent toutefois rester vigilants aux effets ponctuels comptabilisés par quelques groupes majeurs et à l'impact que pourraient avoir les prochains résultats de Nvidia et Broadcom, attendus respectivement les 26 août et 2 septembre, qui serviront de baromètres pour les investissements en infrastructures d'intelligence artificielle.
Enfin, pour les salariés, une reprise généralisée des revenus et des marges peut favoriser l'emploi et les rémunérations dans les secteurs en croissance, tandis que les branches en difficulté pourraient renoncer à des embauches ou engager des réorganisations.
À retenir
- La saison des résultats américaines est exceptionnellement positive : 86% de surprises bénéficiaires et une croissance des profits à 50,4%.
- L'Europe progresse mais avec d'importantes disparités sectorielles : énergie en tête, consommation discrétionnaire en retrait.
- Les prochaines publications de poids lourds de la tech serviront de test pour la durabilité des investissements liés à l'IA.