Une élue de la Fed demande d'agir sans délai pour contenir l'inflation
Beth Hammack, présidente de la Réserve fédérale de Cleveland, a estimé jeudi qu'il fallait relever sans délai les taux directeurs afin de juguler une inflation encore trop élevée et de ralentir une croissance qui, si elle restait trop vive, pourrait entretenir la hausse des prix. Elle s'est exprimée devant la Chambre de commerce et de l'industrie à Dayton (Ohio).
Sa position place la priorité sur la maîtrise des prix : selon elle, la politique monétaire doit agir pour ramener l'inflation vers l'objectif de 2 %. Elle rappelle que l'inflation reste aujourd'hui supérieure à cette cible et met en garde contre le risque que des investissements et emprunts d'entreprises trop dynamiques renforcent les tensions sur les prix.
"Nous devons veiller à ce que notre politique monétaire exerce une certaine modération afin de ramener l'inflation, qui dépasse actuellement les 3%, à l'objectif de 2%"
Ces propos s'inscrivent dans le débat interne au FOMC, le comité de politique monétaire de la Fed. Hammack fait partie des trois voix dissidentes du mois précédent qui avaient demandé un relèvement de 25 points de base. Lors de la décision du 29 juillet, le taux des fed funds avait été laissé inchangé, dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %, par une majorité de neuf voix.
Ses arguments s'appuient aussi sur les derniers indicateurs d'inflation : les prix à la consommation (CPI) ont ralenti à 3,4 % sur un an en juillet, tandis que l'indice des prix à la production (PPI) est ressorti à 4,7 % en rythme annuel, après 5,5 % en juin. Pour Hammack, l'amélioration observée sur deux mois n'est pas encore suffisante pour conclure à un retour durable à la stabilité des prix.
Pourquoi cette prise de position compte
Plusieurs éléments expliquent l'importance de cet appel à resserrer la politique monétaire :
- Signal politique : une voix publique et officielle favorable à un durcissement met la pression sur le FOMC et alimente les anticipations du marché.
- Équilibre délicat : la Fed doit concilier son double mandat — stabilité des prix et plein emploi — alors que le marché du travail a montré des signes de faiblesse récents.
- Transmission aux marchés : la perspective d'un relèvement des taux influence déjà les décisions d'investissement et le coût du crédit pour entreprises et ménages.
Hammack souligne que les entreprises entretiennent une appétence à emprunter pour financer des projets et des recrutements. Si cette demande de crédit reste soutenue, elle pourrait exacerber les pressions inflationnistes, justifiant selon elle une réaction monétaire préventive.
Conséquences possibles
Un relèvement rapide des taux viserait à freiner la demande et l'investissement, et donc à ralentir la dynamique des prix. Mais une hausse trop rapide expose à des risques : elle peut peser sur la croissance des entreprises, augmenter le coût du crédit immobilier et professionnel, et fragiliser un marché du travail qui montre déjà des signes d'affaiblissement.
Au sein du FOMC, la décision retenue en juillet — maintenir le taux directeur dans sa fourchette actuelle — reflète une majorité qui privilégie la prudence. L'intervention de responsables comme Hammack témoigne cependant d'un débat persistant sur la trajectoire future de la politique monétaire américaine, débat qui continuera d'être surveillé de près par les marchés et les économistes.
Pour l'économie mondiale et pour les acteurs français exposés aux taux et aux mouvements de change, ces arbitrages de la Fed restent déterminants : ils conditionnent le coût du financement international, les flux de capitaux et, in fine, les perspectives de croissance à court et moyen terme.
| Indicateur | Valeur | Référence |
|---|---|---|
| CPI (inflation consommation) | 3,4 % | Juillet (annuel) |
| PPI (prix production) | 4,7 % | Juillet (annuel) |
| PPI (mois précédent) | 5,5 % | Juin (annuel) |
| Taux des fed funds | 3,50 % – 3,75 % | Décision Fed, 29 juillet |
En somme, l'appel de Beth Hammack à relever les taux illustre la prudence de responsables qui jugent que la rotation récente des indicateurs d'inflation n'offre pas encore de garantie suffisante. Le FOMC devra peser ces arguments face aux risques de ralentissement économique et aux coûts d'un resserrement monétaire sur l'emploi.