Une progression nette de la main-d'œuvre étrangère qualifiée
Le marché du travail luxembourgeois a connu, entre 2018 et 2025, une transformation marquée par l'entrée de nombreux ressortissants de pays tiers. Selon une étude thématique de l'Agence pour le développement de l'emploi (Adem), leur part dans la population active est passée de 9,4 % à 13,1 %, soit près de 22 000 personnes supplémentaires. Sur la même période, la population en âge de travailler a augmenté de 12,5 %, l'un des taux les plus élevés de l'Union européenne.
Des emplois à haute valeur ajoutée…
Contrairement aux stéréotypes liant immigrations et emplois peu qualifiés, l'étude souligne une présence croissante des ressortissants de pays tiers dans des secteurs requérant un haut niveau de compétences : activités spécialisées, scientifiques et techniques, finance ou technologies de l'information et de la communication. Ils représentent désormais 12,2 % des salariés résidents, contre environ 7 % en 2018, et ont contribué à près de la moitié de la croissance de l'emploi résident entre 2018 et 2025.
…mais une surreprésentation parmi les demandeurs d'emploi
Le paradoxe affiché par l'étude est net : ces travailleurs sont aussi largement surreprésentés au sein des personnes en recherche d'emploi. Fin 2025, près d'un demandeur d'emploi sur quatre, soit 23,5 %, était ressortissant d'un pays tiers. Cette situation traduit des obstacles d'accès à l'emploi plus importants que pour les nationaux ou les ressortissants de l'UE.
- Trajectoires variées : projets professionnels, études, regroupement familial ou départs contraints du pays d'origine.
- Contraintes structurelles au Luxembourg : crise du logement et autres freins à l'intégration effective sur le marché du travail.
- Contribution significative à la croissance de l'emploi résident, malgré des taux de chômage relatifs.
Conséquences pour les politiques publiques et les employeurs
Pour les autorités et les employeurs, ces constats imposent une double lecture. D'une part, le Luxembourg reste attractif et gagne en compétitivité grâce à l'apport de compétences étrangères. D'autre part, la surreprésentation des ressortissants de pays tiers parmi les demandeurs d'emploi suggère des verrous d'insertion : reconnaissance des qualifications, correspondance entre compétences et offres, conditions de logement et mobilité, ou encore accompagnement personnalisé vers l'emploi.
Pour les salariés et demandeurs d'emploi concernés, la réalité est souvent hétérogène : certains trouvent rapidement des postes en adéquation avec leur formation ; d'autres rencontrent des ruptures de parcours ou des obstacles administratifs et logistiques. L'Adem met en lumière la nécessité d'ajuster les dispositifs d'accompagnement pour transformer l'attractivité en insertion durable.
| Indicateur | 2018 | 2025 |
|---|---|---|
| Part des ressortissants de pays tiers dans la population active | 9,4 % | 13,1 % |
| Part des salariés résidents issus de pays tiers | ~7 % | 12,2 % |
| Part des demandeurs d'emploi ressortissants de pays tiers (fin 2025) | 23,5 % | |
| Croissance de la population en âge de travailler (2018-2025) | 12,5 % | |
À court terme, l'enjeu pour le Luxembourg — et pour les pays européens confrontés à des phénomènes voisins — est de mieux convertir l'arrivée de compétences en intégration professionnelle durable. Cela passe par des politiques ciblées sur la reconnaissance des diplômes, la formation continue, l'adéquation des offres d'emploi et la levée d'obstacles connexes comme le logement. Pour les acteurs du marché du travail, la statistique n'est pas qu'un chiffre : elle doit orienter les dispositifs qui transforment une ressource humaine en réponse effective aux besoins économiques.